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La déliaison amoureuse : de la fusion romantique au désir d'indépendance

par : Nadege Fontaine    

Auteur(s): Serge Chaumier
Quelles sont les relations amoureuses aujourd’hui? Cet ouvrage sociologique s’interroge sur les évolutions contemporaines
du couple, de la famille et des rapports de sexe. L’ancien modèle fusionnel entre en contradiction avec l’individualisme et l’autonomie revendiqués aujourd’hui. Un nouveau modèle apparaît progressivement : « la fission amoureuse ».
L’auteur n’essaye pas de donner une définition de l’amour : celui-ci peut prendre de multiples visages et comprend diverses dimensions (religieuse, philosophique, morale, etc.). Les relations amoureuses sont influencées par des normes et des représentations, selon l’époque. L’auteur retrace donc cette évolution historique.
Au début du siècle, le mariage n’était pas nécessairement basé sur l’amour mais il était souvent un mariage de raison, en vue d’intérêts, liés au patrimoine la plupart du temps. Les mutations relatives à la notion d’individu ont contribué à faire progressivement de l’amour le modèle dominant dans les rapports conjugaux.
Parallèlement à l’émancipation des femmes, l’exigence d’amour s’est instaurée dans le mariage.
Ces trente dernières années, divers changements se sont opérés : l’augmentation du concubinage (90% des unions sont commencées hors mariage en France), davantage de divorces, de parents célibataires, de familles monoparentales ou recomposées. Ces changements ont donné lieu à de nouveaux rapports sociaux. De plus en plus de personnes vivent seules délibérément. Il ne faut pas confondre célibat et isolement : beaucoup de célibataires ont une vie sociale plus dense que des couples.
Le mariage pour la vie n’est pas une constante historique et culturelle. C’est l’idéologie bourgeoise qui a relayé l’idéal religieux en imposant progressivement le mariage. En effet, à la Renaissance, les gens avaient une conception antinomique de l’amour et du mariage. Les deux existaient en parallèle sans être liés. L’échange avec le tiers était plus ou moins admis. L’adultère a persisté jusqu’à nos jours. Et l’idée de l’amour vécu dans l’union conjugale est une idée moderne.
Au 17ème-18ème siècles, l’adultère est considéré comme normal, le trio est parfois reconnu publiquement, peut-être pour concilier amour de raison et amour-romance.
L’idéal de mariage fidèle ne deviendra dominant que très tard, au cours du 20ème siècle.
De nouvelles pratiques apparaissent aujourd’hui, et le modèle dominant (fusionnel) est en crise. L’amour fusionnel présent dans les contes de princes et de princesses est un idéal, il évoque la protection.
Mais les attentes des couples modernes ont changé. Nos grands-parents avaient des attentes limitées. Aujourd’hui, on attend que l’autre soit le révélateur de notre identité cachée. L’intensité et la qualité de la relation prime sur la durée. Le modèle dominant est de se séparer si l’amour fait défaut. Les sentiments sont valorisés. Le mouvement de fusion reste présent et en même temps, il entre en contradiction avec l’individualisme et l’autonomie. Lorsqu’un couple fusionnel ne veut faire qu’un, chacun risque de perdre sa propre identité. Le modèle fusionnel s’oppose à ce que « chacun vive sa vie », à l’égalité des rôles.
La tendance actuelle des nouveaux couples est de ne pas tout partager. Ils veulent vivre une relation au tiers ouverte. Chacun se donne une liberté mutuelle, plus ou moins grande selon le couple.
Au 19ème siècle, une fonction naturelle était attribuée à la femme : aimer, se dévouer au ménage, à son mari, aux enfants, etc. Le destin de la femme était lié au couple et à la reproduction. Alors que la fonction du père était de subvenir aux besoins économiques du foyer. Avec l’émancipation des femmes sur le marché du travail et surtout grâce aux mouvements féministes, les femmes redéfinissent leur rôle. Les discours revendiquent une égalité des sexes. Cependant, dans la réalité, on observe encore une répartition inégalitaire des tâches dommestiques au sein du couple.
Chacun veut conserver son identité spécifique. Une tension s’opère entre la routine, le modèle fusionnel et le dynamisme. Dès lors, l’idéalisation de la fusion pose problème. Lorsque les contraintes semblent trop fortes, l’individu casse la relation, mais pour en reconstruire une du même type. L’idéal fusionnel demeure dans les représentations sociales de l’amour. L’autre est la preuve de mon existence, le révélateur de mon identité.
Cependant, dans la famille post-moderne, il y a davantage d’autonomie, « on ne maîtrise pas l’autre, ni son propre ressenti ». Chacun a ses propres projets et ne sait pas ce que réserve l’avenir. De plus en plus de couples sont « ouverts ». Ce modèle est très positif pour les femmes qui revendiquent l’égalité. Le principe d’ouverture est admis dans le couple, même si toute relation avec un tiers n’est pas admise.
Les deux modèles se chevauchent et les anciennes représentations sont encore présentes chez certains (exclusivité, possession jalousie,…). Mais actuellement, l’accent est d’abord mis sur le respect des choix et désirs de l’autre, ainsi que sur l’épanouissement personnel et conjugal.
Publié le : septembre 03, 2005
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