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De l'indigence

par : Alcara Li Fusi    

Auteur(s): Alcara Li Fusi
De l'indigence ... Dès lors qu’on évoque aujourd’hui la pauvreté, les exclus pour convaincre du bien-fondé de son combat
contre les disparités beaucoup de gens ne sont pas réceptifs. Pire beaucoup justifient par des discours technocratiques, méthodiques et froids la prétendue fatalité du problème. Il vient toujours un moment dans la discussion où la lassitude les gagne et des phrases comme « on ne veut pas faire dans la victimisation » affleurent. En sorte qu’on justifie par de tels mots la programmation scientifique de l’anéantissement froid, usiné, logique d'une partie de la population de la terre. C’ est d’autant plus flagrant que le langage de ces sortes de gens n'appelle aucune image susceptible d'émouvoir ou de faire montre de compassion, quand ils évoquent la pauvreté. Nous avons affaire à une langue de comptable, de technocrate, c’est dire qu’elle est extrêmement distancée de la souffrance des démunis. Le ton est souvent plus nettement ordinaire, comme si on parlait là d’un bénin souci quotidien, ça ne fait qu'affleurer, c'est en ce sens aussi léger et rapide qu'une balle qui se fiche dans une tête. Mais c'est aussi un langage de barrière, de frontière, car sitôt que vous réagissez à la légèreté du propos ou à sa froideur, vous vous heurtez à un mur. Toute autre considération, tout autre ton que le credo tantôt léger tantôt technocratique et celui de la bienséance d’un copieux repas entre amis est stoppé net, sans bavure pour qui s'aventure au delà pour tacher de comprendre, de mieux cerner ce qui passe, de qui on parle précisément en évoquant les pauvres. Pensez donc il ne faut pas gâcher la fête…pour si peu serions-nous tenté d’entendre. N’insistez pas car si vous êtes chômeur et donc sujet vous-même à une certaine pauvreté on ne se passera pas de l’occasion de vous faire entendre que vous n’avez qu’à travailler ou de manière plus insidieuse que « certains travaillent ». Si vous avez de la chance vous éviterez d’être dans leur bouche un "parano", ou ce "pourquoi tant de haine à me contredire" qui vous confine au statut d’ aigri, de ringard et j'en passe. Il ne vous fallait pas franchir la barrière de ces impressionnants tics langagier d’aujourd’hui : "c'est clair" (alors que ça ne l'est jamais autant que lorsque c'est prononcé et par qui le dit) ou mieux "point barre" qui stoppent là net toute contradiction. Ce sont là des lieux communs, des reflexes verbaux de fermeture, un anti-langage, c'est-à-dire l'utilisation du langage pour abolir la parole.
Publié le : mars 10, 2006
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