Commencé à la mi-mars 2008 dans une dizaine d'établissements de Seine-et-Marne, le mouvement lycéen
contre les suppressions de postes d'enseignants, après une amplification continue, tente de se frayer un chemin à travers les vacances scolaires par zones.
Depuis le samedi 19 avril, la zone C, qui comprend la région parisienne et Bordeaux, est entrée, pour deux semaines, dans les vacances de printemps et n'en sortira que le 5 mai. La succession, chaque mardi et jeudi, des manifestations parisiennes, est donc interrompue, faisant retomber la pression. Jusqu'à présent, le
mouvement est resté faible en province. Le ministre de l'éducation, Xavier Darcos, peut donc souffler, de même que les recteurs et chefs d'établissement des académies de Créteil et de Versailles, où le mouvement a donné lieu à de nombreux incidents locaux. La préfecture de police de Paris aussi, qui a déployé des moyens importants pour encadrer sans incident majeur des manifestations toujours tendues, du fait de la minorité violente présente en marge des cortèges.
Mais il n'est pas acquis que l'accalmie sera durable. L'Union nationale lycéenne (UNL) et la Fédération indépendante, démocratique et lycéenne (FIDL), les deux principales organisations lycéennes, s'affirment persuadées que tout ne fait que commencer. Elles appellent les lycéens de la zone B, dont les vacances sont terminées et qui reprennent le chemin de leurs établissements le lundi 21 avril, à prendre le relais en manifestant dès le mardi 22. Cette zone B comprend les académies d'Aix-Marseille, Amiens, Besançon, Dijon, Lille, Limoges, Nice, Orléans-Tour, Poitiers, Reims, Rouen, Strasbourg.
REPRENDRE L'OFFENSIVE
La zone A, qui comprend les académies de Caen, Clermont-Ferrand, Grenoble, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Nantes, Rennes, Toulouse, est encore en vacances jusqu'au 26 avril. La stratégie des organisations lycéennes est de tenter de faire lever au cours des deux prochaines semaines la mobilisation en province, puis de reprendre l'offensive au niveau national, toujours contre les suppressions de postes à la rentrée 2008.
C'est aussi celle des syndicats d'enseignants, qui ont fixé aux 15 et 24 mai des journées nationales d'action, tandis que la fédération FSU, majoritaire, prévoit une manifestation nationale le 18 mai. M. Darcos, qui avait déclaré le 14 avril qu'il ne voulait "plus parler de ces questions de postes", campe sur ses positions. Cela n'empêche pas le président de l'UNL, Florian Lecoultre de situer son organisation "dans une perspective de dialogue constructif, même si le désaccord est total pour le moment". Il appelle de ses voeux un "processus de réforme", auquel les lycéens seraient associés. Ce n'est pas la tasse de thé d'une "coordination" qui s'est tenue le samedi 19 avril à Paris et, dans un texte adopté par des représentants de trente lycées, qui appelle à "amplifier la mobilisation" dans la perspective d'un "mouvement d'ensemble de tous les jeunes et de tous les salariés" pour "stopper la politique du gouvernement Sarkozy".
Luc Cédelle
Source: Monde, on line, 22.04.08