L'homme de Kennewick
Summary ratings: 3 stars
(xx voters)
Visites:
212
mots:
900
Publié le : avril 04, 2006
L'antrhopologie est coutumière de découvertes extraordinaires remettant en question les fondements des théories en cours. Celle de Toumaï, un anthropoïde vieux de 7 millions d'années au Tchad, en est une. Mais rares sont celles qui ont suscité autant de polémiques que celle de l'Homme de Kennewick.Cela débute comme une simple affaire criminelle : des ossements sont découverts sur une rive de la rivière Columbia, au Nord-Ouest
des Etats-Unis, par deux jeunes qui faisaient une course de bateaux, en
juillet 1996. Jim Chatters, l'expert-légiste chargé de l'examiner,
l'a d'abord pris pour la dépouille d'un individu moderne, d'aspect
caucasien, mort depuis environ 150 ans. Mais, une pointe de lance prise
dans l'os de la hanche le titille : il la fait analyser au carbone 14
et, surprise ! l'individu est agé de plus de 8.500 ans !Que
fait un corps aux caractéristiques caucasiennes, donc blanches, dans le
nouveau monde, il y a 8.500 ans ? On aurait pu croire, s'il avait été
un cas isolé, à un Amérindien aux traits particulièrement proches de
ceux d'un Européen ou d'un Américain d'origine européenne : il arrive
que dans des groupes homogènes un ou quelques rares individus
présentent des traits atypiques. Mais, l'Homme de Kennewick n'est pas
le seul à produire ce type d'énigme. Une demi-douzaine, au moins, de
squelettes anciens arborent les mêmes caractéristiques.Un autre de ces squelettes a été exhumé dans une
grotte du Nevada (l'une des techniques d'ensevelissement des tribus
autochtones), nommée Spirit Cave, il y a environ soixante-dix ans. Son
état de conservation et les objets trouvés à ses côtés suggéraient une
inhumation datant de cent-vingt à cent-cinquante ans. Les récentes
réclamations des Amérindiens ont conduit le Smithsonian Museum, son
détenteur, à procéder à des analyses de ces restes humains qui, eux
aussi, présentent un âge avancé : près de dix mille ans.Plus
au sud, au Brésil, un corps féminin datant de 9.500 ans, présente des
traits caractéristiques des Aborigènes australiens, tandis que des
dépouilles découvertes à Monteverde, au Chili, sont plus proches des
squelettes américains.Qui sont ces mystérieux Américains aux traits nettement caucasiens ?
L'hypothèse dominante de ces cinquante dernières années contait
l'histoire d'une population asiatique profitant d'un dégel partiel des
glaciers pour traverser ce qui est aujourd'hui le détroit de Behring et
pour peupler ce continent que nous appelons l'Amérique.Des
trouvailles récentes de deux chercheurs américains - James Dixon et Tim
Heaton - démontrent que des groupes asiatiques ont pu longer les côtes
du continent américain bien avant le dégel complet des glaces qui
recouvraient le nouveau monde à l'époque. Leur alimentation (corroborée
par l'usure de dents et les restes animaux trouvés auprès d'eux)
suggère un régime à base de poissons et de coquillages. Ces Asiatiques
ne montraient pas alors les traits mongoloïdes modernes, mais des
traits caucasiens, proches de ceux des Aïnous, une population blanche
qui vivait dans l'actuel Japon avant que les proto-japonais,
probablement d'origine coréenne, n'envahissent l'archipel.D'autres
voyageurs, les ancêtres des actuels Polynésiens, ont sans doute
effectué une traversée en radeau jusqu'aux côtes brésiliennes. On a
maintenant la preuve que des voyages se sont effectués dans l'autre
sens - des Incas ont atteint l'Ile de Pâques en radeau.Ces
découvertes ont évidemment bouleversé nos connaissances et nos théories
sur les migrations humaines au cours de la préhistoire. Mais, là ne
s'arrête pas le champ de leur influence.Aux
Etats-Unis, tout ce qui touche de près ou de loin à la race ou à
l'ethnie possède des propriétés explosives. Lorsque Jim Chatters a osé
parler de " traits d'apparence caucasienne " à propos de l'Homme de
Kennewick, des journalistes, des représentants des nations indiennes et
des politiciens n'ont pas hésité à l'accuun blanc de s'approprier l'antériorité de la terre
indienne ou de Dieu sait quelle " supériorité " sur les autres races
américaines... Les tribus Umatilla, Walla Walla et Cayuse, qui occupent
le territoire où le corps a été découvert, ont réclamé et obtenu la
saisie du corps dans les heures qui ont suivi sa datation. Pour corser
le tout, l'armée, propriétaire du terrain où le corps a été découvert,
a saccagé définitivement le site funéraire…Dans
l'état actuel de la loi américaine, tout corps antérieur à l'arrivée de
Christophe Colomb est supposé amérindien, qu'il présente ou non des
liens biologiques ou culturels avec les habitants actuels du continent.
L'Homme de Kennewick et son cousin de Spirit Cave sont donc des
Amérindiens au sens de la loi fédérale et bénéficient d'une protection
et d'un droit de préemption de la part de leurs " descendants "
amérindiens…Après sept longues années de
bataille juridique, la Cour fédérale a rendu un jugement qui confère aux scientifiques le droit d'étudier les restes de l'Homme
de Kennewick… Elle souligne la partialité des juges qui ont eu à connaître cette affaire auparavant. Elle dénie tout lien culturel entre les tribus vivant actuellement aux Etats-Unis et la dépouille de l'Homme de Kennewick et, enfin, elle condamne l'armée qui a saccagé un site archéologique au mépris de la loi.Elle donne donc l'autorisation aux scientifiques de
continuer leurs investigations sur le site et leurs analyses de la
dépouille de l'Homme de Kennewick, pour lequel " le NAGPRA, la législation fédérale sur les dépouilles amérindiennes, ne
s'applique pas. " Cette dernière phrase est un missile à destination
des Umatillas, des Wallas Wallas et des Cayuses : leur plainte n'a pas
de sens puisque, aucun lien biologique ou culturel n'étant démontré
entre l'Homme de Kennewick et une tribu existante, le NAGPRA n'est pas
applicable.Pour les scientifiques, cette
décision rend à l'ensemble des Américains la jouissance de leur
patrimoine commun ainsi que la légitimité de leurs recherches.Une
page est tournée pour la communauté scientifique : l'Homme de Kennewick
appartient à la science et à l'ensemble des Américains.