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La barbarie douce

par: Avida Gortz     Auteur(s): Le Goff ; Jean-Pierre
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Jean-Pierre Le Goff La Barbarie douce ou La Modernisation aveugle des entreprises et de l’école La Découverte, Paris, 1999, 2003. A l’heure où le débat sur l’école fait de nouveau rage en France, ce pamphlet raisonné du philosophe et sociologue Jean-Pierre Le Goff mérite d’être lu avec attention. Car il semblerait aujourd’hui que le débat se joue entre les pédagogues idéalistes et généreux de la modernité d’une part, et d’autre part les partisans traditionnels d’une école réaliste, censée donner à tous les outils d’insertion sociale et professionnelle requis. Or, l’auteur montre précisément que ce qui s’est joué sous le nom de “modernisation” dans l’école, depuis les années 80, est précisément issu du milieu de l’entreprise et des techniques de “management” néo-libéral qui l’ont investi. L’école serait ainsi devenue, sous le louable prétexte de favoriser le droit à la réussite de tous, l’antichambre des logiques de course à la compétence et d’intensification du travail qui se sont emparées de l’entreprise... C’est cette “modernisation” supposée que l’auteur nomme “barbarie douce”, à travers l’analyse et la mise à l’épreuve de ses rhétoriques successives. Le nouveau management des entreprises : une autonomie paradoxale L’autonomie est le maître-mot de cette démarche, qui prétend rendre aux salariés la responsabilité de leurs compétences, de leur “employabilité” et donc de leur carrière. D’où les bilans de compétences et autres contrats d’objectifs appliqués dans l’entreprise par les nouveaux maîtres à penser du management. Ces compétences, que le salarié est sommé d’acquérir, se déclinent en de nombreux items : savoirs, savoir-faire, savoir-être, eux- mêmes décomposés en sous-compétences techniques multiples. Premier constat : des notions qui relevaient jusqu’ici de la vie privée (comme le savoir-être) se sont introduites dans l’évaluation professionnelle. Deuxième constat : le travail humain est décomposé en une série de gestes et de mécanismes comparables à la désarticulation opérée dans le travail à la chaîne à des fins de rendement et d’accélération. Troisième constat : le travailleur est tenu de se conformer à un modèle instrumental, défini par des normes strictes de performance, au moment même où on l’enjoint d’être autonome, dynamique et participatif. Un modèle de servitude consentie et de déshumanisation du travail s’introduit ainsi en douceur, sous couvert de projet personnel et d’implication dans l’entreprise. Or, ce sont ces modèles d’évaluation et de management que l’on retrouve à l’école, avec des effets variables. La modernisation de l’école : de l’évaluation à l’autonomie La même logique d’acquisition de compétences et d’évaluation précoce se manifeste à l’école : dès la maternelle, l’enfant est confronté à l’évaluation de 89 compétences regroupant toutes sortes de savoir-faire et de bons comportements censés valider ou non l’apprentissage individuel. L’élève est engagé dans un contrat d’apprentissage et de réussite avec l’école, qui est supposé faire appel à son autonomie, à son désir d’apprendre, à sa responsabilité (de futur citoyen). Premier constat : l’évaluation, à la fois diagnostic et sanction, fait peser sur le jeune élève une pression contraire à l’esprit de découverte et de gratuité.
L’ensemble de son rapport au monde (savoir communiquer, savoir travailler en groupe, etc.) est balisé, normalisé, et prédéfini, alors même qu’il est en cours de construction. Deuxième constat : l’autonomie supposée de l’enfant (jusqu’à l’auto- discipline voire l’auto-sanction), et l’implication de sa responsabilité dans son propre apprentissage ignorent ou feignent d’ignorer le rapport structurellement non-égalitaire entre enfants et adultes dans une institution reposant sur l’autorité des plus âgés. Troisième constat : l’école devient une sorte de prestataire de services scolaires répondant aux besoins socio-éducatifss de ses usagers (parents et élèves), avec une obligation de résultats affichée qui esquive le processus de sélection déjà à l’oeuvre sur les bancs de l’école. Or la culture n’est pas une simple réponse à des besoins : on peut se demander ce qu’il advient de la transmission culturelle quand la formation des individus la précède. Comment reconstruire l’école pour tous ? Cette démonstration l’a montré : en cessant de brandir une égalité des chances et un droit à la réussite largement contredits par une société de plus en plus inégalitaire. Loin d’en appeler à un retour en arrière, Jean-Pierre Le Goff souligne combien, au cours des années 80 à 90, les gouvernements successifs ont esquivé les défis posés par les mutations de la société contemporaine en sacrifiant l’éducation aux logiques de la formation et du management d’entreprise, sous prétexte de réconcilier les Européens avec l’innovation et le risque. Or, s’il convient de de reconstruire l’école, ce n’est pas selon les exigences de mobilité et de flexibilité du marché, mais plutôt par une redéfinition de ce qu’est un héritage et une culture générale au 21ème siècle. Un modernisme mal pensé est, en effet, celui qui prend la nouveauté pour norme (selon la logique de la fuite en avant) et qui renonce à inscrire la modernisation dans un continuité historique. Si les sciences et les techniques ont une part majeure dans nos existences, alors il faut à l’école une culture scientifique et technique, si les médias sont un vecteur massif de communication et d ‘information, alors il faut à l’école une éducation aux médias. L’école ne saurait prétendre résoudre à elle seule les maux socio- économiques ou culturels d’une société, au risque de tirer l’enseignement par le bas et de le vider de sa substance. Il s’agit donc surtout et plus fondamentalement de redonner sens à ce qui fait une société, plutôt que de courir à une socialité sans contenu.
Publié le : 20 décembre, 2005   
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  1. 2. Avida Gortz

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    0 Classement samedi 20 mai 2006
  2. 1. venisse2

    Feu sur l'Alzheimer

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