Stéphane Brizé a réussi un film qui a la grâce et qui mériterait un vrai succès. Ce n'est pas un film d'action, les dialogues
ne sont vraiment pas envahissants, pourtant on ne s'ennuie jamais.
Brizé s'est payé le luxe de quelques parti-pris audacieux. Déjà, il choisit un titre pas spécialement porteur comme on dit. Et puis il avait pris comme personnage central un huissier de justice, le genre de personnage qu'on fuit comme la peste dans la vie. Il compense cela en donnant le rôle à Patrick Chesnais, acteur on ne peut plus sympathique. Du coup, même si celui-ci montre une mine dépressive sur l'affiche, cela ne rebute personne. Peut-être même au contraire.
Jean-Claude (P. Chesnais) est à un tournant. Il a 50 ans et souhaite autre chose dans sa vie. Il est seul et vient d'engager son fils dans son office, sans doute pour lui demander dans quelques années de lui succéder. On sent rapidement que le fils se retrouve coincé là contre son gré. Il cherchera à fuir, sans savoir comment s'y prendre.
Le hasard met sous le nez de Jean-Claude (en regardant par la fenêtre de son bureau) un cours de danse (
tango) dont l'
ambiance l'attire. Il finit par se décider à y aller. Ce sera une véritable bouffée d'oxygène, même s'il doit beaucoup apprendre. Il va aussi se mêler aux autres élèves. Il va ainsi s'apercevoir qu'une de celles-ci le connaît : c'était la petite fille que sa mère gardait, il y a maintenant bien longtemps. Cette Françoise Roubion (Anne Consigny) est charmante et les sentiments vont s'installer progressivement. Malheureusement, Françoise a déjà quelqu'un dans sa vie ...
En parallèle, Jean-Claude s'occupe de son père qui vit dans une maison de retraite. Son père a un caractère difficile. Il ne pense qu'à râler après tout le monde et, finalement, Jean-Claude n'y va que par devoir. Il meurt d'envie de dire ses quatre vérités à son père (Georges Wilson plus vrai que nature). Sans trop en dire, on peut ajouter que les relations père-fils seront décrites d'une manière extrêmement subtile et que cela ira assez loin car, à un moment, on pourra imaginer un dialogue devenu impossible, suite à une découverte de Jean-Claude, des années après ...
Dans ce film tout passe par les gestes, les regards, l'atmosphère. Il y a de longues séquences sans dialogue (les scènes de tango par exemple) qui en disent beaucoup plus long que des bavardages. Stéphane Brizé fait confiance à son spectateur, suffisamment observateur pour comprendre ce qui se passe. Il se montre également à l'aise avec sa caméra (le montage y fait certainement quelque chose lui aussi) pour exprimer ce qu'il avait en tête sans le dire ouvertement.
Un film que découvriront certainement avec plaisir ceux qui apprécient "Mademoiselle Chambon" du même réalisateur. Je précise car cela a son imporance, que ce film ne manque pas d'humour.