Je viens de revoir ce film (troisième fois) et décidément, il est magique. Il est magique car Mia Farrow a recours à des
herbes fournies par le docteur Yang, des herbes qui vont lui produire des effets pour le moins étonnants...
On sent le charme de ce film dès qu'on jette un coup d'oeil sur l'affiche. On y voit Mia Farrow (qui n'est plus une midinette) le visage lumineux, un peu pensive. Elle nous fait face, mais elle regarde de côté. Elle porte un chapeau d'une grande élégance, rouge avec un large ruban noir. Elle se tient dans le noir et seul son visage est éclairé, faisant ressortir ses beaux yeux bleux. La touche suprème est fournie par ses boucles d'oreilles qui luisent à la manière de ce que l'on peut voir sur un très célèbre tableau de Vermeer.
Le ton est donné immédiatement. Le film nous présente un couple de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Lui (William Hurt) est très occupé par son travail et elle (Mia Farrow) passe son temps à tenter de rester jeune et à courir les boutiques de luxe. Une domestique s'occupe des tâches ménagères.
Un jour, Alice doit récupérer ses enfants à l'école. A l'occasion, elle remarque un homme venu chercher sa fille. Il s'agit de Joe (Joe Mantegna) dont elle apprendra qu'il est seul. Elle tombe immédiatement sous son charme, mais ne sait pas quoi faire. Par contre, depuis quelque temps, elle éprouve de vives douleurs dans le dos. Son entourage lui conseillant d'aller voir le docteur Yang, elle finit par aller le voir. C'est quelqu'un de spécial, puisqu'il ne soigne apparemment qu'à l'aide d'herbes connues de lui seul.
A l'occasion, le docteur Yang écoute Alice. Il comprend la situation et y adapte son traitement. Ainsi, il prescrit à Alice une herbe qui, à la rencontre suivante avec Joe, la métamorphose complètement. Elle s'assit à côté de lui, lui fait du charme, passe sa main sur sa joue et lui propose un rendez-vous. Une fois les effets passés, elle s'affole. Qu'a-t-elle fait ? Comment peut-elle assumer tout cela ? Elle se voit déjà tromper son mari, elle qui n'a jamais regardé un autre homme en presque seize ans de mariage.
On est donc bien dans un film de Woody Allen, car même si Woody n'apparaît pas à l'écran, il nous présente des new-yorkais bavards, qui passent leur temps à s'interroger sur leur vie amoureuse. Détail étonnant car très inhabituel, ses protagonistes sont chrétiens (pratiquants ???) et pas juifs. Cela donnera lieu à quelques dialogues hilarants. Ceci dit, ce n'est pas le film le plus drôle de Woody Allen. Par contre, c'est l'un des plus sensibles et des plus brillants.
C'est vrai qu'il y a beaucoup de dialogues, mais il est vraiment préférable de le voir en v.o. plutôt qu'en v.f. car les voix participent au charme. Le timbre de celle de Joe Mantegna est inimitable.
Sans dévoiler l'essentiel de l'histoire, disons que les effet des poudres du docteur Yang joueront un rôle important dans ce film. Woody Allen se montre particulièrement inspiré et il ne recule devant aucune audace. Le résultat à l'écran est magique. Ce qu'il ose est du même niveau que dans "La rose pourpre du Caire" où les spectateurs d'un cinéma venaient sur l'écran s'intégrer au film qu'ils regardaient. Quand on a du talent, on peut se permettre ce genre de choses et obtenir un résultat qui défie l'imagination.
Autre précision, la bande-son fait une large place au jazz, style favori de Woody Allen. Un film qui participa grandement à la réputation de son auteur. Une comédie sentimentale où il est question de choses graves, vues sous un angle charmant. On est en quelque sorte à mi-chemin entre le Woody Allen version comédie à la "Annie Hall" et le Woody Allen lorgnant du côté de Bergman avec "Intérieurs". C'est sans doute le juste milieu où il donne son meilleur. A la fois agréable et très juste. Beaucoup de bavardages mais aussi beaucoup de fantaisie.