Ce film surprend, par la vision de Mozart qu'il en présente. On pourrait n'en retenir qu'une chose : la présentation d'un
artiste hyperdoué mais vulgaire et parfois insupportable (son rire !...)
Ce serait limiter ce film à des clichés. Or il va beaucoup plus loin et il n'a pas mérité son succès pour rien. Déjà, il a le grand mérite de présenter un Mozart loin des idées qu'on pouvait s'en faire. La
musique classique souffre de sa réputation, à la fois ennuyeuse et guindée (voir l'atmosphère des concerts de musique classique). Ici Mozart est présenté comme un artiste vivant, toutes proportions gardées, à l'image de nos rock stars de maintenant. Les bien-pensants habitués des concerts classiques ont dû avoir du mal à supporter cette façon de présenter un de leurs chouchoux. Pourtant, la popularité de Mozart en a profité, en lui apportant un public qui l'ignorait complètement jusqu'ici. Eh bien non, la musique classique n'est pas réservée aux spots publicitaires et à l'accompagnement des scènes romantiques au cinéma. Elle peut aussi déménager et surprendre.
Le film prend certainement des libertés avec l'Histoire. Mozart avait-il un tel rire ??? Aucune idée. Ceci dit, il a effectivement été un enfant prodige, promené de cour en cour (royales bien-sûr) par son père. Il existe des représentation de lui en chérubin devant son clavecin ou son piano. Dans le film, on rappelle qu'il a commencé à composer dès l'âge de 4 ans. 4 ans !!! Vous imaginez ? Il a donc promené son talent devant les plus grands depuis sa plus tendre enfance. Alors, on peut l'imaginer parfaitement à l'aise dans ces ambiances où tous les autres ne pensaient qu'à suivre l'étiquette. Comme tout gamin, il a eu le besoin de s'amuser. Voilà pour son comportement devant les grands de ce monde.
Ensuite, on le voit confronté à Salieri, compositeur officiel de la cour viennoise, quand l'empereur a commencé à s'enticher de Wolfgang. On imagine facilement la rivalité naissante. Ce qu'on en montre dans le film ne correspond peut-être pas exactement à la réalité, mais pourquoi pas ? Elle donne tout son sel au film et elle est parfaitement crédible. Elle montre le talent à l'état pur confronté à une médiocrité pas forcément dramatique (on conserve malgré tout des oeuvres de Salieri dans les archives) mais éclatante par rapport au vrai talent. A partir de là, tout est imaginable.
La figure du père est forcément imposante, puisque c'est lui qui a promené Wolfgang tout petit à travers l'Europe et l'a encouragé dans son talent naissant. La façon dont Salieri en joue dans le film est saisissante et inoubliable. Et puis, les difficultés financières grandissantes du couple Wolfgang-Constance correspondent à la réalité et montrent bien comment les choses se passaient. L'artiste avait une certaine liberté, mais il dépendait des commandes qu'on lui adressait ou non. Il pensait avant tout à son art et à exprimer ce qu'il avait en tête.
Le film lui même est spectaculaire à souhait. La musique de Mozart est omniprésente, mais les extraits uniquement orchestraux servent avant tout de toile de fond à certaines scènes. L'essentiel de ce qui anime le film vient des opéras. Là, Forman s'en donne à coeur-joie. Ca part dans tous les sens. C'est coloré, animé et souvent très surprenant. Les décors sont d'une richesse incroyable. Les costumes éblouissants.
Et ça bouge tout le temps. Une des meilleures idées de cinéma de ce film vient quand Wolfgang cherche Constance partie avec leur enfant. Il vient trouver sa belle mère qui ne sait que lui adresser des reproches. On la voit comme une espèce de harpie qui s'étouffe dans sa colère, ce qui inspire à Mozart un de ses plus célèbres airs, une cantatrice vocalisant sur deux notes suraigues. C'està la fois inspiré, très drôle et très coloré. Irrésistible.
Le choix de présenter tout cela comme des souvenirs de Salieri permet également un découpage sans temps morts. Alors, les deux heures et demie passent à toute vitesse.
Je remarque aussi que Wolfgang est la représentation du talent à l'état pur. Forman montre que le talent peut tout se permettre. Le talent ne soucie pas des convenances. La fameuse réplique du film soufflée à l'empereur par un de ses conseillers, après la représentation d'un
opéra : "c'était bien, mais, comment dirais-je ?... Trop de notes, voilà, trop de notes" cette réplique fait sourire mais fait penser au cinéaste qui tourne sans penser à la longueur et qui se trouve obligé au montage de faire des coupes qui lui font mal au coeur (voir les versions director's cut). D'ailleurs, on peut penser que si Milos Forman a eu à coeur de réaliser ce projet, cela n'est certainement pas le hasard. Mozart à connu Prague. Or Forman est tchèque d'origine.
Voilà donc un film qui a beaucoup marqué à l'époque et qui conserve une grande réputation. Il n'a rien perdu de son côté spectaculaire et la vision de Mozart présentée ici peut se discuter tout aussi bien qu'il y a 25 ans. Mozart est éternel et Forman peut-être aussi.