Le syndrome Gilles-de-la-Tourette est une
maladie neurologique associant
tics en tous genres, obsessions, compulsions et
hyperactivité. Très invalidante, elle toucherait une personne sur 2000.
Découverte en 1885, par un neurologue de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le docteur Gilles de la Tourette, elle se caractérise par un «désordre du mouvement». Ce terme rassemble des
tics moteurs, liés à des contractions musculaires involontaires, comme le clignement des yeux, des grimaces ou des mouvements du corps, et des tics sonores. La personne fait des bruits incontrôlés avec sa bouche et son nez : elle renifle, grogne, toussote. Pire, les tics peuvent conduire à cracher, trépigner, émettre des jappements comme un chien ou des cris stridents.
Les tics moteurs apparaissent les premiers, vers 6 ans. Ils touchent surtout le visage, la tête et les épaules. Les tics sonores sont plus tardifs, ils surviennent aux alentours de 10, 12 ans. Les tics peuvent être accompagnés ou pas de coprolalie (émission de mots orduriers) dans environ 30 % des cas, et également de copropraxie (gestes obscènes, avec attouchements sur soi-même ou sur les autres).
Sont associés à cette
maladie des troubles obsessionnels et compulsifs (dans la moitié des cas et plus fréquemment chez les filles) et des déficits d’attention. Un garçon sur 2 et une fille sur 3 sont touchés. Ces personnes, souvent distraites et lunatiques, ne peuvent pas se concentrer très longtemps. Il est difficile pour elles de terminer ce qu’elles ont commencé. Dans les cas les plus graves, ces déficits d’attention surviennent dès 5 ans. Des crises de rage sont aussi possibles, l'enfant perd alors le contrôle de lui-même et s'en prend aux objets qui l'entourent pour soulager sa rage. Il y a souvent une amnésie après. Pour établir le diagnostic, l'enfant doit avoir eu au moins trois tics moteurs et un tic sonore sur une période de plus d'un an. Mais pas n'importe quel tic : dans cette maladie, l'intensité des signes est augmentée par le stress, l'anxiété, l'ennui mais aussi par la fatigue et l'excitation.
En revanche, les tics sont diminués grâce au sommeil, à la fièvre, à la relaxation et à la concentration. S’il est en effet possible pour certains adultes de supprimer leurs tics pendant quelques minutes ou quelques heures au prix d’un immense effort de concentration, cela n'est pas conseillé aux jeunes enfants, car après cette période sans tics, il y a une recrudescence du nombre, comme s'il fallait compenser cette absence. Le psychiatre va alors apprendre à l'enfant à vivre avec, à les gérer.
La cause exacte de cette affection n’est malheureusement pas encore établie car le syndrome se situe à la frontière entre la neurologie et la psychiatrie, en fonction des manifestations et des patients. Le plus souvent, les chercheurs évoquent un dérèglement biochimique dans le cerveau. Le système de la dopamine (principal messager chimique) fonctionnerait mal.
Mais d'autres neurotransmetteurs, comme la sérotonine, la noradrénaline et l'acétylcholine sont également mis en cause dans le développement de la maladie.
Ces mauvais fonctionnements pourraient avoir lieu dans le lobe frontal du cerveau, chargé de contrôler nos comportements et la planification de nos actions.
Une note d'espoir, enfin, la publication d'une étude dans le New England Journal of Medicine concernant l'intérêt de la neurostimulation, notamment pour ce syndrome Gilles-de-la-Tourette.