D'origine modeste,
Mahmud Ahmadinejad est un ancien instructeur des bassidjis (volontaires) et un ex-officier des Gardiens
de la révolution, devenu universitaire puis maire de Téhéran. Se faisant le porte-parole de la frange la plus déshéritée et la plus religieuse de la société iranienne, délaissée par les politiques économiques libérales des gouvernements précédents, et défiant la légitimité de l'aristocratie cléricale représentée par son rival et homme fort du régime, l'ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, M. Ahmadinejad, arrivé second au premier tour de l'élection présidentielle, est largement élu au second tour avec 61,6 %. Cette victoire permet aux conservateurs de contrôler désormais tous les leviers du pouvoir de la République islamique. Elle annonce, en dépit des aspirations d'une grande partie de la population à davantage d'ouverture, un retour aux valeurs traditionnelles de l'islam, et provoque, sur le front extérieur, crispation et défiance.
Ayant fait le choix délibéré de l'escalade, l'Iran annonce, dès le 8 août 2005, la reprise de ses activités d'enrichissement d'uranium au mépris des résolutions de l'A.I.E.A. et sur fond de propos anti-israéliens et négationnistes du nouveau président. Le transfert du dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité des Nations unies, vise, par des sanctions, à contraindre l'Iran à mettre fin à son programme d'enrichissement d'uranium. Ce dernier compte alors sur le soutien de la Russie et de la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, pour limiter la portée et l'efficacité des sanctions. Après lui avoir accordé (mars 2006) un délai de 30 jours pour revenir « à la suspension complète et durable de toutes les activités liées à l'enrichissement d'uranium », le Conseil de sécurité somme l'Iran de suspendre l'enrichissement d'uranium avant le 31 août (résolution 1696). Mais, en septembre, un rapport de l'A.I.E.A. affirme que ce dernier a repris ses activités. Faisant fi des sanctions qui lui sont imposées (résolution 1737, décembre 2006), l'Iran annonce son intention d'accélérer son programme d'enrichissement. Le Conseil de sécurité alourdit les sanctions : celles-ci comprennent un embargo sur les exportations d'armes iraniennes et des restrictions financières et commerciales. En février 2008, un nouveau rapport de l'A.I.E.A. déclare « ne pas être encore en mesure de déterminer la nature complète » du programme iranien. Il constate que la République islamique a accru sa coopération avec les inspecteurs de l'Agence, mais il contient également des éléments susceptibles de conforter les soupçons sur une ambition nucléaire militaire de l'Iran. Le vote de nouvelles sanctions de l'O.N.U. en mars 2008 est suivi en mai 2008 d'un autre rapport de l'A.E.I.A. qui constate que l'Iran refuse toujours de faire toute la lumière sur son programme nucléaire. Les Six (les cinq membres du Conseil de sécurité de l'O.N.U. plus l'Allemagne) font alors une nouvelle proposition de coopération à l'Iran, de manière à l'inciter à interrompre ses activités d'enrichissement d'uranium. Elle est rejetée par le président iranien, qui défend le droit inaliénable de son pays à disposer d'un programme nucléaire. Alors que la communauté internationale hésite sur la conduite à tenir, une réunion historique se tient en juillet dans le cadre des négociations, même si elle ne débouche sur aucune solution : pour la première fois depuis trente ans, elle met en effet en présence le négociateur iranien et un haut responsable du département d'État américain, marquant une inflexion de l'administration Bush dans les derniers mois de son mandat. Selon les experts de l'A.I.E.A., à compter d'août 2008 et en fonction de ses capacités de production d'uranium enrichi, l'Iran serait en mesure de disposer d'une arme nucléaire dans un délai de cinq mois à deux ans. L'arrivée à la Maison-Blanche de Barack Obama se traduit par un discours d'ouverture à l'égard de l'Iran, le nouveau président américain appelant de ses vœux une « relation de respect mutuel ». Une semaine après avoir placé en orbite son premier satellite, ce qui fait craindre à la communauté internationale la capacité de l'Iran de produire des missiles balistiques de longue portée, le président M. Ahmadinejad se dit prêt au dialogue avec les États-Unis lors du 30e anniversaire de la révolution islamique, le 10 février 2009. Son revirement est à replacer dans la perspective de l'élection présidentielle de 2009, qui voit l'ancien président réformateur Khatami gagner du terrain et que le président en exercice cherche à contrer en se montrant moins intransigeant.
Cherchant à éviter, sur le court terme, la destruction de ses installations nucléaires, l'Iran ambitionne, sur le long terme, de devenir une puissance régionale. Cette stratégie repose sur le refus de la reconnaissance de l'État d'Israël (assorti de déclarations publiques sur la « disparition » d'Israël ou sur la négation de la Shoah) et sur l'alliance stratégique de l'Iran avec des États (Syrie, Liban) ou des organisations (Hezbollah, Hamas) en conflit avec l'État hébreu. Mais elle suscite, outre l'hostilité affichée des États-Unis, la méfiance des régimes sunnites arabes (Jordanie, Arabie saoudite et pays du Golfe), qui redoutent la création d'un « arc chiite » au Moyen-Orient.