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LE BURUNDI ET SES CENTRES DE DETENTION

Auteur(s) : gasarara
Résumé par : benijuste
Visites : 85  mots: 900   Publié le : novembre 26, 2007
Les prisons du Burundi comptent, comme partout ailleurs, maints locataires anonymes, des « va nus pieds », terminologie qui a fait florès aux années quatre vingt–dix, dans « L’Indépendant » de Charles Mukasi, feuille extrémiste, qualifiant ainsi les Burundais d’en bas. Nous évoquons ici, en guise d’illustration, quelques prisonniers célèbres. Loin d’un quelconque réquisitoire, c’est un plaidoyer en faveur des victimes, en clin d’œil envers les politiques. Saluons au passage l’action du courageux Pierre–Claver Mbonimpa, ex-policier ancien pensionnaire de Mpimba, qu’un prix international vient de couronner à Genève, pour l’action méritoire de son ONG en faveur des prisonniers au Burundi. Dans ce pays, ainsi que dans force républiques bananières, la prison n’est un instrument du pouvoir aux mains de l’Etat et de la justice pour punir et redresser des délinquants. Elle joue au contraire un rôle hautement politicien de vengeance et d’humiliation contre des individus, généralement des adversaires politiques… pris pour des ennemis, tout court. De Michel Micombero (1966) à Pierre Nkurunziza aujourd’hui, Mpimba joue cette sale fonction. Très souvent hélas, dans ce pays, les dirigeants sont mal conseillés. Or, « on peut juger de la cervelle d’un seigneur rien qu’à voir les gens dont il s’entoure », à en croire Nicolas Machiavel (Le Prince, chap. 22) A l’avènement du colonel Jean–Baptiste Bagaza Le Ier novembre 1976, le président déchu fut humilié et enfermé à Ngozi, au Nord du pays. Il fut peu après exilé de force en Somalie où il creva dans des conditions obscures. Injuste ! Responsable en 1972, avec son entourage, la fameuse « mafia de Bururi », par l’utilisation massive et programmée des moyens et d’acteurs étatiques sur toute l’étendue du territoire national, du « génocide des élites Hutu », premier massacre d’ampleur de l’Afrique contemporaine, avec le chiffre optimiste de cent mille victimes et des centaines de milliers de réfugiés dans les pays voisins, cet alter ego du sinistre Idi Amin Dada aurait dû être équitablement entendu par la justice de son pays. L’auteur, faut-il le signaler, de ces expressions puisées dans un ouvrage que nous relisons, c’est le chercheur français Jean–Pierre Chrétien, peu suspect d’animosité à l’égard du régime du parti UPRONA (Union pour le progrès national (sic), et des ses laudateurs post monarchie… . Quid de la prison centrale de Mpimba Quelques vues de Mpimba, la prison centrale de Bujumbura. Nelson Mandela, qui en a vu d’autres, n’oubliera pas de sitôt une visite improvisée au bagne de Mpimba, voici quelques années. La construction de cette prison est un fait de la colonisation belge. On trouve à l’intérieur du même bâtiment des hommes, des femmes, des enfants et des mineurs séparés par des « quartiers ». Les cellules individuelles n’existent pas, sauf pour les nantis à la ville, et les détenus destinés à l’isolement ou à la diète noire, comme l’ancien ambassadeur à Genève Térence Nsanze en fit l’amère expérience en 1987, peu avant la chute de Bagaza. Ceux qui disposent d’une chambre ont les toilettes près du lit, et l’aération fait défaut. La plupart des détenus dorment à même le sol. La promiscuité est indigne d’êtres humains. Estimer le taux d’occupation est impossible : les gens étouffent. L’éclairage est insuffisant de jour comme de nuit. Les détenus n’ont droit qu’à quelques minutes de promenade quotidienne. Les ampoules défectueuses sont peu ou pas remplacées. La chaleur pendant la grande saison sèche est insupportable. Les locaux cellulaires, les douches et les couloirs sont sales, le nettoyage des espaces étant une corvée infligée aux récalcitrants. L’hygiène corporelle et vestimentaire est déficiente ; les produits de base comme le savon et les serviettes manquent cruellement ou sont d’un usage inconnu. Le port de la tenue du prisonnier est obligatoire, même à la ville où on se rend menotté. L’on mange une fois par jour des aliments faits de haricots et de pâte de manioc, sans huile ni sel, cuits dans de grands fûts crasseux. La population carcérale s’adonne à divers trafics liés aux cigarettes, aux boissons alcoolisées, à la prostitution et aux stupéfiants. Les surveillants le savent, mais ferment les yeux quand ils ne sont pas corrompus pour arranger quelques facilités. L’exercice en plein air est rare ; il est réservé aux prisonniers sages ou en fin de peine. Les prisonniers ont des obligations ; ils ignorent leurs droits. Le règlement intérieur circule de bouche à oreille. Mpimba est un milieu propice aux rumeurs, et l’information circule clandestinement.

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