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Publié le : juin 29, 2007
DE LA BOHÈME...Il y a deux manières de sortir de la bohème, les pieds devant ou riche...
La bohème quand on y est, on veut en sortir, quand on n’y est pas, on
en rêve... Tout le monde a en tête la chanson d’Aznavour ou mieux
encore « la vie d’artiste »
de Léo Ferré . La vie de bohème
désigne généralement une façon de vivre au jour le jour dans la
pauvreté mais aussi dans l''insouciance. L’apparition du mot Bohème
remonte à 1659 chez Tallemant des Réaux,
dont l’accent (è) diffère avec l’habitant de la Boh(ê)me. Il s’agissait
de la définition d’un personnage vivant en marge de la société et qui
cultive une forme nouvelle de liberté de pensée, et un souci
vestimentaire excentrique qui annonce déjà une sorte de
proto-punk-dandy de la Renaissance. C’est Balzac en 1844, dans « un prince de Bohème » (remarquez l’accent « è ») qui donne ses lettres de noblesse à la Bohème du XIXe siècle : « Ce
mot de bohème vous dit tout. La Bohème n’a rien et vit de tout ce
qu’elle a. L’espérance est sa religion, la foi en soi même est son
code, la charité passe pour être son budget. Tous ces jeunes gens sont
plus grands que leur malheur, au-dessous de la fortune mais au dessus
du destin. ». En 1848, c’est le roman aujourd’hui oublié de Henri Murger, Les scènes de la vie de bohème (1847-49) qui fit entrer le mot dans le langage courant. Irradiant depuis le quartier latin et plus particulièrement les mansardes
de la rue des Canettes, la bohème, en ne faisant plus qu’un avec le
monde des artistes, allait définitivement forger la légende de Rimbaud, Verlaine ou Modigliani. Dès
le début la bohème est d’abord un » topos » , un réseau qui relie entre
eux les acteurs de ce mode de vie. Le réseau de la Bohème parisienne du
XIX passait par « le Soleil d’Or », le restaurant Foyot, le café
Procope, le François 1er, la Source, Le Voltaire. Mais la bohème, si elle est originellement parisienne, se développe aussi en Allemagne, le second pays « bohèmien » d’Europe. A Paris, le quartier de Montparnasse puis Saint Germain des prés devinrent les nouveaux lieux de la bohème dans
les années 1910 avec les cafés du Dôme, la Rotonde, la Coupole, la
closerie des Lilas et le Bal Bullier. Cette géographie durera jusque
dans les années 1950, puis la bohème en tant que telle disparaitra de
sa belle mort touristique avant de réapparaître dans le réseau de
boites de nuits de la fin des années 1970 jusqu’au milieu des années
1980. Le
Topos de la bohème est par définition changeant, et au cours des
années, l’espace a pu se réduire à une peau de chagrin ou s’étendre
comme un chancre. En France, c’est le roman de Tonino Benacquista
, « les morsures de l’aube » paru en 1992, qui allait devenir une œuvre
culte en posant les bases d’une nouvelle forme de bohème à la
française. Cette fois, les deux héros sont des enfants de la crise,
entre marche à l’ombre et le phénomène SDF qui submerge la France. Il
s’agit d’une bohème affiliée au gatecrashing social de survie, qui surfe sur les soirées branchées. C’est cependant un mouvement littéraire de science-fiction, le cyberpunk, né aux USA au début des années 1980, qui aura une influence particulière sur la bohème française du XXIe siècle et qui comblera les vides laissés en suspens par le roman de Benacquista. Au début des années 2000 l’artiste Thierry Théolier connu sous le nom de THTH, fonde le syndicat Du Hype (SDH), premier réseau d’information pour les Crevards et les cybermondains
de la bohème. Non seulement la bohème se structure avec un réseau
d’informations qui regroupe aussi bien les blogs que les agendas et
autres forums, mais le caractère cosmopolite des la bohème originelle
réinvestit la scène parisienne avec des Allemands, Italiens, Anglais,
Irlandais ou Américain. Paris redevient un centre bohémien avec une
dérive vers l’Est de la capitale qui englobe un territoire situé entre
la rue Amelot (Bastille) , la rue Montmartre, le canal Saint Martin,
une zone dMarais entre arts et métiers et le carreau du Temple avec
une avancée dans le onzième ( librairie En Marge)
et le XXe arrondissement. La géographie de la bohème parisienne a donc
une certaine cohérence et cette Bohème a généré le phénomène d’un
marché d’art contemporain parisien en plein boum économique, et qui
draine à sa suite l’arrivée à Paris d’artistes du monde entier. Mais la bohème parisienne n’est
pas composée essentiellement d’artistes, la bohème est un agrégat de
personnalités multiples, excentriques, originaux, semi-clochards,
dandys, arrivistes, séducteurs et séductrices, âmes perdues, mouches du
coche, etc... Personnages qui existaient sous une autre forme au XIXe
avec le Marquis de Siblas, Labey de S. ou Shilt
de Montclar : énergumènes totalement oubliés, artistes de la vie, dont
l’œuvre ne fut qu’un bref passage dans le sillage des Grands Bohèmiens.
Il en fut ainsi jadis, il en est de même aujourd’hui. Mais
la bohème, rappelons-le, à ceux qui en rêvent, on en sort les pieds
devant ou riche... Soit dit en passant, la dernière catégorie est la
plus rare, mais on peut se consoler en sachant qu’en terre de bohème,
la mort infâme peut conduire à une gloire posthume de bon aloi. « Un bohème, c''est une variété de bourgeois. » affirmait Drieu la Rochelle...