Lorsqu'on le voit, c'est un paysan intello tout simple comme il y en a beaucoup; car, contrairement au poncif, les paysans
lisent, ils ont ou
avaient parfois du temps l'hiver, le bois coupé, pour penser, échanger, écrire.... avant qu'ils ne deviennent hommes et femmes d'affaires l'oeil sur l'écran d'ordinateur fixé sur les cours de la bourse et du marché. Lorsqu'il parle, c'est au départ un instituteur humaniste et un peu dogmatique comme tous... et soudain un philosophe. Ca vient comme un éclair, inattendu, car cet homme du monde ne se lance pas facilement, tout comme il ne se livre pas facilement ; la philo, c'est dangereux, on ne peut rien éliminer du trivial de la vie quotidienne, ça tache et ça salit. Et c'est inévitable. Et lorsqu'il écrit, c'est un maelstrom de poésie, de bonté et de descriptions à la Balzac ou Charlotte Brontë, décalé, sur fond de terroir languedocien. Ceci est la face connue, ou du moins connue par un vaste public, par un certain public. Mais lorsqu'on regarde de plus près, notamment sa partie science fiction, on est alors plus proche d'Orwell (un Orwell qui n'aurait pas lu Marx ou qui l'aurait oublié) que du dix huitième, un Orwell mâtiné de Laing et d'astrophysique. Décalé, là encore. Et disons le extrêmement difficile, du moins pour le vulgum pecus. Autrement dit, on passe du roman classique joli aux théories des cordes, peut-être même à une théosophie bigrement sophistiquée, même pour un philosophe que je pense être. Une oeuvre en préparation sur le temps, sur les espaces infinis, sur la boucle de l'éternel retour ou plus exactement l'éternel possible. C'est pour bientôt, et nous l'attendons avec impatience. Hors norme, toujours. Et pour le mieux, sans doute.
Hélène Larrivé