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The Medieval World

par : guillaumeb     

Auteur(s): Le Goff, Jacques
Jacques le Goff est l'un des meilleurs historiens du Moyen Age de notre époque. Dans cet ouvrage, il établit les bases d'une
recherche qui remet totalement en question la notion de Moyen Age. En effet, pour Jacques le Goff, le Moyen Age est un concept inventé tardivement, alors qu'on était indéniablement entré dans le monde moderne. Avant, les hommes vivaient sans se soucier du nom que pouvait bien porter leur époque, ni quand cette période avait commencé, ni même quand elle s'arrêterait.
La révolution qu'apporte l'auteur, c'est une révision de ces dates et de ces délimitations. Il commence par établir, dans un premier temps, une nouvelle datation du début du Moyen Age, qui n'aurait pas commencé avec la chute de l'Empire Romain d'Occident en 476, mais avec le début de la décadence Byzantine et le début de la conquête musulmane. Ses arguments sont que, dans un premier temps, il n'existe pas de rupture radicale entre l'Empire Romain et l'Empire Byzantin, d'abord à cause de la langue, puisque Le Goff démontre clairement que déjà, dès le premier siècle avant J-C, le latin n'était pas l'unique langue d'usage parmi les élites, qui préféraient souvent parler grec au détriment du latin. D'autre part, la partie orientale de l'Empire Romain subit une immense influence de la langue et de la culture grecque, langue qui devient la langue de l'Empire lorsque Constantin Premier décide de déplacer la capitale de l'Empire de Rome à Constantinople. C'est donc dire que la culture grecque est la culture privilégiée de l'Empire. Mais lorsque l'Empire Romain d'Occident s'écroule, il reste toutefois l'Empire d'Orient, qui est toujours l'Empire Romain, qui va résister encore près de mille ans. On peut en plus témoigner d'un Empire au summum de sa puissance entre le règne de Constantin premier et de Justinien, entre 330 et 536. D'un point de vue culturel et politique, il n'y a donc pas de raison de définir le début du Moyen Age en 476 avec la chute de l'Empire d'Occident, puisque l'Empire Romain, renommé Byzantin, continue sa domination flagrante pendant au moins trois siècles.
Pour Jacques Le Goff, la rupture apparaît avec le début de la décadence byzantine, dont l'Empire est régulièrement ravagé par les barbares, ce qui implique une disparition de la culture héritée de l'Antiquité, vers une nouvelle période centrée sur l'émancipation de cultures minoritaires barbares. on passe donc d'une civilisation prestigieuse d'influence grecque à l'émancipation de nouvelles civilisations. La seconde rupture réside dans l'apparition de l'Islam et de son expansion dans le monde, dont l'influence nouvelle apporte un renouveau linguistique, culturel et religieux, dans la mesure où il ne s'agit plus d'une influence d'origine indo-européenne, mais sémitique qui va s'imoser sur le monde, et dont les conquêtes vont arriver jusqu'en Europe entre le huitième siècle du côté de l'Espagne, et le quinzième siècle du côté de l'Empire Byzantin. Cette nouvelle civilisation va avoir un impact considérable sur le monde de l'époque. Ce qui placerait donc le début d'un Moyen Age vers la fin du sixième siècle.
Quant à la fin du Moyen Age, Le Goff ne la place pas à la découverte de l'Amérique. En effet, si l'on peut noter un changement au niveau des arts, les progrès technologiques sont mineurs et souvent empêchés par l'Eglise qui est réticente au progrès. Le désir de changement n'est pas encore en place dans tous les domaines. D'autre part, les rois d'Europe n'ont pas fini leurs querelles militaires à propos de leurs frontières, et les limites territoriales ne sont pas encore précisément dessinées, ce qui remet en cause la notion d'identité nationale pour de nombreuses personnes. Cet argument est appuyé par celui des langues. En effet, il n'y a pas de langue officielle pour délimiter les territoires. Que ce soit en Italie ou en France, très peu de gens parlent les langues officielles, et ce jusqu'au XIX° siècle. Ierelles religieuses commencées avec la Réforme protestante au XVI° siècle, ne sont qu'un début qui se prolonge avec la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV en France et qui interdit le Protestantisme dans le territoire, puis, à l'interdiction placée sur les Jésuites au XVIII° siècle qui n'ont plus de légitimité.
Pour Jacques le Goff, la rupture apparaît plus évidente avec les grandes révolutions au niveau des sciences, avec Newton et de la technologie, avec l'invention, par exemple, de la machine à vapeur, qui va faire définitivement basculer notre monde dans la modernité. Dans ce cas, la notion de renouveau, ou de Renaissance, est plus évidente, ce qui la ferait commencer dans la deuxième moitié du XVIII° siècle.
L'intérêt de cet ouvrage est une redécouverte intégrale du Moyen Age, de ses conditions, de ses limites, de ses réalités, le tout raconté avec un talent immense et une simplicité parfois déconcertante tant l'érudition de l'auteur nous semble accessible.
Publié le : juillet 27, 2006
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