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De la religion en Amérique. Essai d'histoire politique

par : fernand    

Auteur(s): Denis Lacorne
Les États-Unis passent pour la nation la plus religieuse d’Occident. Elle fut pourtant pionnière en matière de laïcité, comme
le rappelle Denis Lacorne dans un livre décapant. «Puisque le gouvernement des États-Unis n’est en aucune façon fondé sur la religion chrétienne, il ne saurait avoir de caractère hostile à l’égard des lois, de la religion ou de la tranquillité des musulmans. » Daté de 1797, cet article d’un traité signé par le Sénat avec le bey de Tripoli nous plonge d’emblée dans une familiarité bouleversée avec bonheur par Denis Lacorne. On considère généralement, surtout en France, les États-Unis comme la nation la plus religieuse du monde occidental. Dès lors, quoi de plus surprenant que de constater avec ce livre neuf que les pères fondateurs séparaient la religion de l’État, au point que l’on peut tenir les États-Unis pour les pionniers de la laïcité ? Depuis Tocqueville nous pensons souvent l’exception française au miroir inversé des États-Unis. Afin d’éviter justement tout essentialisme réducteur, nous pourrons désormais nous appuyer sur Denis Lacorne pour une mise en perspective historique salutaire. Son propos est en effet de nous parler de l’Amérique dans son rapport politique à la religion. Politique et pas « civilisationnel ». La différence est fondamentale, elle donne son sens au sous-titre. Au fil d’une chronologie renouvelée, l’auteur dégage deux acceptions concurrentes de la nation américaine au regard de la religion et, chemin faisant, ménage de belles surprises. Oui, les États-Unis sont bien les pionniers de la laïcité, parce que les pères de l’indépendance sont des hommes des Lumières, mais aussi, et on le savait moins, parce qu’en Amérique, s’il y a un dieu de la séparation de l’Église et de l’État, il est... baptiste. Ce sont en effet des baptistes, depuis Roger Williams, le fondateur de la colonie de Rhode Island, chassé du Massachusetts par l’Église établie, qui, à partir de 1644, ont édifié le « mur de séparation entre le jardin de l’Église et la friche du monde ». Certes, pour le camp d’en face, la formule figurant sur les dollars est bien « In God we trust » . Mais cette formule a une histoire, représentative de la montée en puissance des « antiséparatistes ». Ce sont les inquiétudes, puissamment relayées par les évangélistes, liées à l’immigration catholique des années 1850 et aux guerres qui en sont la matrice. La devise est d’abord limitée au seul usage des piécettes de 2 cents et à partir de 1864 seulement. Et ce n’est que depuis 1957 qu’elle figure sur le billet vert. De nos jours, la lutte est forte entre ces « deux écritures de l’histoire », ces deux conceptions de la nation. Elles doivent compter avec un troisième courant, celui des « accommodateurs ». Plaçant le respect des différences religieuses, comme ethniques, au coeur de leur pratique politique, ils infléchissent la tradition. Ainsi Keith Ellison qui, fraîchement élu à la Chambre en 2007, prêta serment sur... un Coran ayant appartenu à Jefferson ! Denis Lacorne y voit « un avenir probable : l’élaboration d’une laïcité philocléricale ». Pourra-t-on encore appeler cela laïcité ?
Publié le : février 26, 2008
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