L''AMÉRIQUE :
CONQUÊTE ET ÉVANGÉLISATION – ÉPOPÉE OU GÉNOCIDE ? Prof. JORGE RAUL VERA L''atmosphère de répression impitoyable qui a caractérisé la conquête de l’Amérique, notamment ses guerres,
est bien connue par ses répercussions. En 1492, environ 90 millions d’autochtones vivaient aux Amériques (66,5 millions en Amérique du Sud, 13,5 millions en Amérique Centrale et 10 millions en Amérique du Nord). Cent
ans plus tard (1592), les guerres, les maladies et les massacres avaient bouleversé si gravement l’équilibre démographique que la population autochtone d’Amérique du Sud ne comptait plus que 40 millions d’habitants. En d’autres termes, sur une période de 36 500 jours, 1 096 autochtones
ont été exterminés chaque
jour. Ainsi, pendant 160 ans (de 1492 à 1652), la population de 13,5 millions d’autochtones vivant en Amérique Centrale (en 1492) a diminué progressivement et ne comptait plus que 540 000
personnes en 1652, c''est-à-dire que 12 960 000 personnes ont péri au rythme de 222 par jour. En 1692, au 200ème anniversaire de l’arrivée des Européens en Amérique, il ne restait plus que 4,5 millions d’indigènes au total. 85 500 000 personnes (enfants, femmes, hommes et personnes âgées) avaient été exterminés (de différentes façons), soit 1 171 par jour. Au cours des cérémonies scolaires auxquelles j’ai assisté, jeune étudiant, puis professeur, au fil de cinquante quatre ans, je ne me souviens pas avoir entendu quiconque discourant sur la « Conquête de l’Amérique » exprimer de la compassion pour les sévices et les souffrances infligés aux populations indigènes, propriétaires légitimes des terres usurpées. Des millions d’enfants, de femmes, d’hommes et de personnes âgées ont péri d’une mort ignoble après avoir subi des épreuves que seuls des êtres humains sont capables d’imaginer. Cet esclavage s’est poursuivi tant et si bien qu’aujourd’hui encore, plus de cinq cent ans après, les effets « civilisateurs de la conquête » se font toujours sentir au sein de nombreuses populations américaines. Survivant dans des conditions épouvantables, des milliers d’êtres humains sont destinés à une lente et irrémédiable extinction. Tout cela ne semble avoir aucune importance, ni pour les idéologues de l’« historiographie officielle », ni pour ceux qui, dans leurs discours mensongers, portent aux nues le crime le plus odieux qu’ait subi la race humaine. L’appropriation des terres et des richesses des indigènes qu’ils convoitaient, l’anéantissement des anciennes cultures, qui ont dépassé sous bien des aspects ceux des Européens de l’ère contemporaine, étaient des «
faits triviaux », qu’ils justifiaient en invoquant les « bienfaits spirituels » que susciterait un culte se substituant à celui pratiqué. Par conséquent, l’euphémisme qui consiste à résumer le processus aberrant de la conquête et de la colonisation en une « rencontre de deux cultures » est totalement invraisemblable. Cet exposé présente une comparaison entre l’« histoire officielle » et les faits et événements réels qui se sont produits pendant la conquête, racontés par ceux qui ont été participants ou témoins des événements. Il est impossible de résumer en quelques pages tout ce qui s’est passé pendant la conquête ; c''est pourquoi cette version abrégée des faits est destinée à révéler – bien que dans une mesure minimale – les ravages commis par les conquérants, faits que l’histoire officielle a bien dissimulés. Les lecteurs remarqueront par conséquent que les récits présentés dans cet exposé ne se déroulent pas dans l’ordre chronologique des manuels scolaires. Faits et scénarios géographiques sont décrits en termes larges afin de fournir davantage d’informations dans un espace réduit.
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