Mémoires d'un éducateur (1)
Peu importe l'ordre chronologique de ces mémoires qui vont défiler à leur guise et au
bon gré de leur fixation dans l'inconscient ou le subconscient.
Me voila donc retraité. C'est une issue qui ne me venait jamais à l'esprit il y a juste quelques années. Mieux
encore , à ce jour je n'arrive pas à réaliser que je suis rayé des cadres de l'éducation nationale tel que me le notifiait une lettre de remerciements anodines , stéréotypée et signée par un chef de service. En me référant aux psychologues ma réaction signifie tout simplement que je garde encore toutes mes facultés innées de pédagogue et d'éducateur. Facultés innées? Quelle preuve? En obtenant mon baccalauréat en 1964 toutes les portes m'étaient ouvertes. J'étais comme tous les bacheliers de l'époque sollicités par plusieurs organismes publics. Les cadres nationaux se faisaient très rares. Les temps ont bien changé aujourd'hui .Je plains les jeunes diplômés condamnés à trouver n'importe quel métier pour subsister. Encore faut – il le trouver.
J'étais donc sollicité par les départements de la justice, des affaires étrangères,de l'intérieur et autres .Si j'avais répondu présent j'aurais fait une carrière de magistrat ou de diplomate ou d'agent d'autorité. Mais sans avoir hésité un seul instant j'ai opté pour ma carrière d'enseignant et je ne regrette pas ce choix.
A l'issue de ma carrière professionnelle je me sens satisfait pour avoir participé à la formation des jeunes de mon pays. Vous ne pouvez pas imaginer combien je suis fier quand mes anciens élèves me saluent et me témoignent leur reconnaissance et leur gratitude en louant mes qualités excellentes d'après eux. Je suis d'autant plus fier quand je les trouve occupant des rangs importants dans leurs métiers.
Moi-même je garde des souvenirs inoubliables de mes instituteurs et professeurs durant ma scolarité primaire , secondaire et universitaire .Je dois ma scolarité dans l'
école publique moderne à monsieur Lahlou qui était notre voisin dans la maison ou cohabitaient trois familles .Il était instituteur dans l'école Ibn Tofail et a tout fait pour convaincre mon père à nous inscrire moi et mon frère (aujourd'hui docteur en médecine ) dans la même école,car mon père tenait à nous garder dans une école privée et en meme temps nous apprenions le Coran dans une école coranique appelé "Msid".Imaginez le calvaire qui nous était imposer en nous rendant durant toute la journée d'une école à l'autre sans un moment de répit y compris les dimanches .Mais quand j'y réfléchis maintenant,je me dis que c'est là peut être le secret de notre endurance et de notre réussite dans nos études.
Je me rappelle qu'ayant subi dès mon inscription à un test de niveau le Directeur de l'école avait décidé de me faire monter directement au cours élémentaire de deuxième année estimant que j'avais les connaissances fondamentales requises pour ce niveau.
. Je me demande est-ce qu'aujourd'hui un directeur d'école a cette latitude de faire brûler les années scolaires à un fondamentales élève, génie soit-il?