En anglais, le terme qui désigne le fait de s’adonner à une
drogue est « addiction »<1>. Si on part de l’étymologie de ce terme, nous sommes renvoyés à une sorte de tradition de l’Empire Romain. En effet, lorsqu’un débiteur ne pouvait honorer son créancier, il devenait de ce fait son esclave. La relation d’addiction, est donc une relation d’esclavage. Le drogué est l’esclave de la drogue.
Cette conception de l’addiction, va influencer les méthodes de traitements. Cette conception implique une théorie classique de l’action de l’objet et du sujet. C'est-à-dire que le
sujet est complètement dépendant d’un objet ; le sujet est passif, alors que l’objet est actif.
→ Il s’agit ici de l’attitude classique qui est prise vis-à-vis des drogués. Ils sont des corps vide de sujet.
→ Emilie Gomart, va dans cet article poser la question de l’exhaustivité de ce type d’approche. Ne peut-on pas trouver une approche différente qui considère que le sujet n’est pas entièrement déterminé, esclave de la drogue ?
Si cet article est une éloge de la méthadone, c’est parce que dans cette clinique, elle a permit à Emilie Gomart d’envisager un autre rapport sujet-objet que celui de l’esclavage. Un rapport au sein duquel la drogue a une action, mais où le drogué en produit une autre en retour.
La clinique bleu, où elle effectue ses recherches, s’est fondée en opposition à une autre tradition de soins: celle qu’on appellera, de façon abrégée, des spécialistes. Dans le sens où ils s’agissait des
spécialistes du
traitement de l’addiction. La scission c’est faite, notamment sur l’utilisation ou non de substances de substitution.
Jusqu’au début des années 90, en France, la norme pour un traitement de la drogue était l’abstinence. Il fallait être « clean », à la fois pour rentrer et pour rester sous traitement. C’est ce qui fera dire aux promoteurs des drogues de substitution que les « spécialistes demandaient aux utilisateurs de drogues de ne pas en être »<2>. Pour que le patient maintienne sa subjectivité, il fallait qu’il maintienne la distance d’avec la drogue. Un sujet drogué, n’est plus un sujet. Le drogué est une « carcasse vide ».
→ Pourquoi la drogue réduit-elle le sujet à néant ? Parce que elle lui produit des plaisirs intenses sans qu’il n’ait à procurer le moindre effort. C’est la substance, la drogue qui fait tout le travail. Les spécialistes vont ainsi créer un dualisme sujet/drogue, l’un éloignant l’autre, car il est aussi clair qu’un sujet évitera l’usage de drogues. Chaque terme exclu ainsi l’autre. La drogue et le sujet ne peuvent agir en même temps (sur le corps ?).
→ le sujet ne peut JAMAIS tirer quelque bénéfice d’une quelconque drogue.
Pour les spécialistes, il n’y a pas d’idée de construction du sujet, il est pré-donné. Ainsi, la drogue ne peut pas construire le sujet.
Les fondateurs de la clinique bleu considère que le mode de traitement des spécialistes à échoué.
Pq ?
Parce que le grand nombre de drogués ayant contracté l’ HIV et s’étant marginalisé prouve que beaucoup n’ont pas eu de contact avec les soins pour drogués. De plus la demande d’abstinence empêche de nombreux drogués de se soigner.
Pour les fondateurs de la clinique bleue, le traitement par administration de substance de substitution permet de rendre le traitement plus attrayant pour les drogués. La drogue de substitution n’est pas ici, envisagée comme annihilant le sujet, mais comme le construisant. La drogue, loin d’isoler l’utilisateur des autres, permet de créer un contact. Il faut savoir que l’héroïne, qui produit des plaisirs intenses, produit également des grands moments d’isolement.
La drogue n’est plus uniquement destructrice du sujet, elle permet également de le reconstruire. (Ici, ce n’est pas la même drogue, et surtout, pas dans le même contexte).
<1> Terme qui existe également en français, mais dont le dictionnaire Hachette nous dit qu’il estpréférable de l’eviter, car a beaucoup de synonymes.
<2> Ma traduction de « specialists had demanded that
users not be users ». Cette citation est elle même une citation reprise par Emilie Gomart d’une interview d’AC en 1996.€ est un des fondateurs de la clinique bleue.
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