Issu du latin aequus, égal, et libra, balance, l'équilibredésigne au sens figuré le bon fonctionnement de l'activité mentale paropposition à "déséquilibre, perte de la raison,
folie, retrouvée dans denombreuses expressions telles que : avoir la raison qui chancelle, vacille","ne pas avoir la tête bien aplomb", "ça ne tient pas debout","boquiller de la pensarde. A l'instar de David COOPER qui annonçaitdans Le Langage de la folie (Seuil, 1978) : La folie dont je veuxparler
est la folie qui est plus ou moins présente en chacun de nous, et passeulement la folie qui reçoit un baptème psychiatrique.La folie est un phénomène de culture : elle varie dans sa définition
même etdans son extension selon le contexte social, politique, idéologique, familial,etc.Au Moyen-Âge, la folie est partie intégrante de l'expérience de chacun entant que catégorie du sacré. La folie est savoir qui prédit à la
fois le règnede Satan et la fin du monde. Cette assimilation du
fou à l'hérétique et ausorcier persistera jusqu'au XVème siècle et même au-delà. L'erranceet le bûcher représentent alors les deux modes de persécution du fou. La nefdes fous fait son apparition dans le paysage imaginaire de la Renaissance,étrange bâteau ivre qui file le long des fleuves de Rhénanie et des canauxflamands, traverse un paysage de délices où tout est offert au désir. Dès lors, les fous ne seront plus considérés comme des possédés du démon,mais comme des personnes dangereuses ou improductives, au même titre que lescriminels, les débauchés et les miséreux subsistant grâce à la mendicité ; à cetitre, ils vont être exclus de la société et internés avec les autrescatégories d'asociaux et souvent dans les mêmes locaux. En France, la promenadeà Bicêtre et le spectacle public des grands insensés, demeurent jusqu'à laRévolution une des distractions dominicales des bourgeois. Ainsi enfermée, lafolie
devient aussi objet d'études et d'expérimentations plus approfondies dela part des médecins.ZACCHIA emploie pour la première fois le terme de "démence" pourdésigner les états d'aliénation mentale et insiste sur la nécessité d'unecompréhension médicale du fou et sur son irresponsabilité pénale. Loin d'êtreabsurde et incompréhensible, la folie devient chargée de sens et représente unetentative pour régler des problèmes ayant leur origine dans l'enfance. Pourillustrer ce point, l'écrivain Albert BÉGUIN invitait ses lecteurs à imaginerqu'un homme, tout juste vêtu d'un pagne, maigre à faire peur, peinturluré de rougeet de bleu, s'accroupisse au coin d'une mairie parisienne et reste là desheures, des jours, à grignoter quelques grains de millet, parfois chantonnant,le plus souvent immobile et muet. Le fou était en quelque sorte l'élu de Dieuet de la vérité dans les sociétés africaines et arabes. Ainsi, quand une femmese met à se tordre par terre, à danser, à hurler en déchirant ses vêtements,par l'agressivité qu'elle déploie, elle se soulage de ses frustrations et sedéfoule de ses pulsions érotiques réprimées. En sorte que ce comportement qui al'air d'une explosion animale d'hystérie, est en réalité quelque chose quitient à la fois du jeu théâtral et du psychodrame. La folie est omniprésente dans l'écriture, et ce depuis toujours, car ellefascine, intrigue, et inquiète. L'oeuvre abonde en dialogues de fou, endivagations cousues de syllogismes absurdes. On pense aussi à Louise LABBÉ et àson célèbre Débat de folie et d'amour, bref autant de figures de lafolie qu'il serait impossible de décliner tant leur nombre est important. Ausens large, l'expression "fou littéraire" recouvre trois typesd'auteur : ceux auxquels s'intéressait QUENEAU, mythologues et étymologistes,cosmogones et philosophes de la nature, prophètes et visionnaires, persécutés,romanciers et poètes ; les auteurs de "textes bruts", terme parallèleà celui d'"art brut" et qui désigne des textes retrouvés par JeanDUBUFFET et ses proches dans les archives des asiles psychiatriques ; enfin,les écrits de élibérément les perversions aété forgé par Michel PIERSSENS pour désigner les écrivains qui prennent des risquesavec le langage et que leurs manoeuvres sur et contre la langue amènent au bordde l'incohérence et de la folie. Son corpus comprend MALLARMÉ, ROUSSEL,WOLFSON et BRISSET.Vers l'âge de dix-neuf ans, il s'est mis à inventer des écriturespersonnelles et à constituer des alphabets qu’il ne se lassait pas de modifieren vue d'une meilleure systématisation. En définitive, la spécificité du foulittéraire est qu'il ne fasse pas de compromis.
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