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Mémoire, oubli et réconciliation: l’exemple du Cambodge (1)

par : educaweb    

Auteur(s): Gaborit Pascaline
La mémoire est tour à tour décrite comme une construction, et comme éruption de souvenirs, oubliés ou refoulés. Lors de conflits
civils, les représentations sociales sont soumises à des changements abrupts: les voisins ont pu devenir des “ennemis“, l’espace et le territoire ont changé, de nouvelles élites sont apparues sur la scène politique et sociale. Dans ce contexte, la représentationdu conflit d’une part, et celle du passé ou de l’ histoire d’autre part, sont des enjeux pour la mise en place de la paix. Le Cambodge connut plusieurs décennies de conflits dont l’épisode le plus sanglant fut le régime des Khmers rouges entre 1975 et 1979 qui succéda à la guerre civile entre les troupes du général Lon Nol et les communistes, et précéda les affrontements entre l’armée vietnamienne et les poches de résistance khmères rouges. Aujourd’hui, se met en place un tribunal pour le jugement des anciens Khmers rouges, trente ans après le régime de Pol Pot et huit ans après la mort de celui-ci. L’histoire du Cambodge est en effet spécifique, en raison du régime des khmers rouges, et de la disparition de près d’un quart de la population, mais aussi en raison du contexte politique et culturel du pays. Ont aussi joué un rôle les destructions affectant l’espace de ce territoire, les déplacements de populations et notamment l’évacuation des villes, et la mise en place d’une institution l’Angkar ou organisation qui n’avait pas de nom (de représentants officiels connus) mais dont on disait qu’elle avait «autant d’yeux qu’un ananas». La mémoire est aussi différente selon les catégories sociales et les générations : les khmers rouges recrutaient en effet dans leurs rangs, principalement des paysans sans terres marginalisés qui retrouvaient ainsi une position sociale, et des jeunes entre quatorze et vingt ans. Dans les sociétés post conflictuelles, au sens large, tout un pan de l’histoire peut être “oublié“ et “refoulé“ dans la précipitation, et l’urgence de reconstruire, au détriment d’un véritable travail d’analyse sur les évènements, et dans la plupart des cas au détriment des victimes qui devront sacrifier leurs souvenirs individuels pour la garantie de la survie du groupe. Au Cambodge, la relation face à l’histoire du conflit,et au régime khmer rouge est très ambiguë. Sur une centaine de personnes que j’ai interrogées sur le terrain, principalement à Phnom Penh en 2005 et 2006,près de deux tiers des personnes avaient une très mauvaise image des khmers rouges qui étaient décrits comme «cruels», «assassins» et «responsables de génocide». Les khmers qui ont été à la fois victimes et bourreaux,portent dans leur mémoire des souvenirs difficiles. L’espace fait entièrement partie de la mémoire des groupes. Une fois au pouvoir les khmers rougesappliquèrent en effet radicalement et rapidement leur programme de changement :abolition de la propriété privée et de l’argent, évacuation des villes vers lescampagnes, contrôle des déplacements, étatisation des biens, et isolationnisme. L’évacuation des villes fut le premier pas de la révolution : la population fut amenée dans des coopératives. Au moment de la reconstruction, le discours des élites revêt une importance particulière: en appelant à la reconstruction, les dirigeants tentent de signifier à la communauté et au groupe la volonté du groupe de survivre. Au Cambodge, la confiance dans les élites politiques ou dans les dirigeants du pays a été rendue extrêmement difficile du fait de l’histoire, des jeux de trahisons, du rôle souvent ambiguë des gouvernants (en particulier du roi Sihanouk qui a été à la fois le pire ennemi puis l’allié des khmers rouges, mais aussi du premier ministre Hun Sen controversé suite à des affaires de corruption, et parce qu’il a été porté au pouvoir par les vietnamiens). La situation était complexe du fait que les élites sociales avaient été décimées par lerégime des Khmers Rouges, qui voyaient dans l’image de l’intellectuel ou du savant des représents de l’ennemi dont il fallait se défaire. La reconstruction du pays s’est donc accompagnée par la mise en place d’une nouvelle élite, ayant eu des liens à la fois avec l’ancien régime khmer rouge,et le pouvoir vietnamien, tous deux apparaissant suspects au yeux du peuple. A l’inverse, en Espagne, tout comme au Chili ou dans d’autres sociétés post-conflictuelles et post-dictatoriales, la question de l’implication des élites dans le conflit et de sa responsabilité est au cœur du débat. La légitimité et l’influence soit du nouveau, soit de l’ancien leadership sont établies en premier lieu par la démonstration de la capacité de pouvoir faire face aux besoins fondamentaux et de coordonner les aides immédiates, et en second lieu, par la capacité de répondre au défi qui menace l’identité du groupe. L’une des explications, de l’échec de la reconstruction au Cambodge vient avant tout de l’atrocité du régime khmer rouge et de la difficulté, par la suite, d’attribuer une confiance et une loyauté à un groupe de dirigeants ou d’institutions.
Publié le : décembre 06, 2006
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Commentaires sur Mémoire, oubli et réconciliation: l’exemple du Cambodge (1)

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  1. 0 Notes jeudi 27 mars 2008
    1

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