Alors: qui
est visé? Jean-Marie, c’est évident, et à travers lui, Christine. Mais
aussi Laroche, sa femme ainsi que Michel et également sa femme, pressentis comme boucs émissaires. (Un alibi miraculeux sauva les deux derniers.) Qui est épargné? La mère de Jean-Marie et en partie son père. Mais dans cette hypothèse, que l’un soit visé ne l’innocente pas: manœuvre de diversion, «trahison» par un autre corbeau… peuvent expliquer qu’un coupable soit aussi mis en cause. Par contre, un épargné est peut-être plus significatif: le
corbeau est proche d’elle, ou elle, ou encore elle le connaît et le couvre sans se situer tout à fait dans la rubrique coupable. L’amour d’une mère sans douteexplique ce silence là ? Le désir de respectabilité de la famille aussi, voire une influence du corbeau qui a fini par la persuader qu’il avait des excuses? Elle aimerait qu’il soit cherché ailleurs, ce corbeau, le plus loin possible, tant pis pour l’erreur judiciaire. Un de ses enfants? Probable. Lui donne-t-elle un ultimatum? Peut-être. Sait-elle qu’il a des complices? Sans doute que non, sur le coup, ou du moins pas les principaux: habilement, il a dû savoir mettre en évidence les secondaires ou n’a rien dit du tout. Par la suite, elle changera d’attitude envers Christine: a-t-elle compris quelque chose? Le corbeau lui a-t-il parlé?Donc acculé, il décide de jouer son dernier coup. Celui-là sera l’apothéose. Et là, il n’y a pas d’autre hypothèse: La seule dont il puisse se servir est Christine. Elle est donc une de ses taupes. Il lui raconte quelqu’histoire. Un kidnapping, rien de grave, l’enfant sera retrouvé à cent mètres. Juste histoire de faire peur, de se venger… mais de qui? Pour lui, c’est évident, de Jean-Marie. Mais pour elle? Là, il faut voir que si chantage il y a eu, et un chantage puissant, c’était pour lui qu’elle avait cédé: ni sa mère ni ses sœurs ne l’auraient lâchée si elle avait commis quelque peccadille. Alors? Une rancune vis-à-vis de celui qui l’avait contrainte à se plier au corbeau, fût-ce à demi? Une parenthèse: Jean-Marie est «le chef», il est sans doute aimant mais dur. Au travail en tout cas, c’est attesté. C’est un jeune homme qui a «réussi», un meneur d’homme sans états d’âme, peu aimé de ses subordonnés mais obéi au doigt et à l’oeil. A la maison? On ne sait pas. Si par la suite il changea (le drame en ce sens le rendit plus distancié, plus réfléchi) pour l’heure, dans tout l’orgueil de sa récente ascension, il n’est pas un personnage très sympathique. Psychorigide? Peut-être. Quelqu’un, en tout cas, qui ne pardonne pas un manquement, même minime, aux normes éternelles et immuables qui sous tendent toute ascension sociale (dans son esprit). Le cas est banal: celui qui se voit contraint de mentir ou de se cacher, si peu que ce soit à quelqu’un même d’aimé finit par s’exaspérer contre celui qui l’y oblige, qui l’humilie. Même si c’est par amour qu’il a cédé. Et Christine est au moins aussi orgueilleuse que son mari, bien qu’elle donne l’image d’une petite jeune femme discrète, ce qu’elle est aussi. Elle supporte mal les frustrations. Et de plus, elle est naïve, parfois maladroitemais «fiable» (dans la tête du maître chanteur). Certes, elle n’a pas l’étoffe du personnage qu’elle brigue, des réflexions spontanées, de petites fausses notes la dévoilent parfois, à demi mais elle sait aussi mentir, se taire, devant ce qu’elle croît une nécessité absolue, elle l’a déjà prouvé. Bref, quels qu’aient été les arguments du corbeau, elle consent. Mélange de candeur, de maladresse et d’habileté, elle est la proie idéale. Elle laisse Grégory dehors: tout est prêt, elle a envoyé la lettre, go.
Plus de résumés à propos de Affaire grégory (3)