Anne fut-elle la responsable du schisme anglican ou un simple instrument dans les mains de Thomas Boleyn et du roi
Henry VIII ? D'abord, elle fut investie par son père, cultivée, éduquée en France, le phare de la culture de la renaissance, puis aux Pays bas, un autre phare, celui de la liberté de pensée. Ambitieux, il savait ne
pouvoir compter sur son fils, un peu bêta, ni sur son autre fille, plus belle qu'Anne mais écervelée, selon les critères du Rastignac qu'il était : elle s'était donnée, et de surcroît sans profit, au roi François Ier ... puis l'avait trompé avec tous ceux qui lui plaisaient, y compris son cocher, et ils furent nombreux, au point que celui-ci, ulcéré, la bannit de sa cour. Sans argent, son père se gardant bien d'investir à fonds perdus, elle vécut dans la pauvreté avec un homme qu'elle épousa par
amour, roturier et sans le sou. Personne ne l'aida malgré l'ascension ensuite de sa soeur cadette.
Restait Anne, d'une autre trempe. Issue de la cour de France où elle avait brillé, elle n'eut aucun mal à étinceler à celle d'Henry VIII... et le séduisit promptement : sa mission. Alla-t-elle trop loin ? Sans doute. Est-ce un calcul de celui ci, qui, en Prince de la renaissance, avait lu Machiavel ? C'est plus que certain. Il lui fallait un fils, mais rompre avec Catherine, épuisée et trop âgée pour lui en fournir désormais, Catherine, la tante du tout puissant Charles Quint était donner un soufflet au pape, son prisonnier. Anne était là : et elle se refusait. Pas de mariage, pas de sexe. Il s'abaissa et publiquement comme nul ne l'avait fait avant lui, lui composa des chansons, la couvrit de poèmes, de bijoux, la poursuivit lorsqu'elle affecta de le fuir, tomba à ses pieds, pleura... En vain. La cour se gaussait. Ce monarque impitoyable aux pieds d'une quasi roturière ? D'une putain ? Anne fut haïe autant qu'admirée.
Et ce fut le schisme, le divorce, le bain de sang, ce sang de braves qui avaient été ses amis, ses confidents, ses meilleurs soutiens. Henry faisait le ménage : ceux-là étaient trop populaires. La suite s'écrit seule. L'amour baffoué si longtemps... une fille au lieu du fils "promis"... l'orgueil d'Anne qui devant son ascension à jamais unique dans l'histoire, ne pouvait, comme toute femme mésalliée, s'empêcher d'exprimer sa rage et son dépit (le roi était hideux, obèse, podagre, affecté d'un abcès à la jambe en permanence purulent et probablement syphilitique)... il prit enfin conscience (ou l'affecta) de sa rouerie, de ses manigances, de sa cruauté surtout... et se réconcilia avec son peuple. A Anne, la haine, à lui, les pleurs. Il est le seul monarque à avoir compris que l'on pardonnerait à un amoureux berné... et qu'être cocufié (si tant est qu'il le fût) loin d'être déshonnorant, ne ferait qu'accroître sa popularité.
Cela tombait bien : il voulait se réconcilier avec l'Espagne... et épouser une douce et insignifiante Jane qui saurait lui donner un fils. L'épée le débarrassa de la gêneuse... qui mourrut abandonné de tous, y compris de son père qui consentit à sa mort, en chantant les louanges du Roi, pensant jusqu'à la fin que sa chance ne pouvait l'abandonner et qu'il allait arrêter l'épée in extremis. Une histoire banale au fond...