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La culture du sexe

par : HeleneLarrive    

Auteur(s): Hélène Larrivé

Lorsqu'on regarde des films des années 40, on est frappé par l'allure des actrices (et dans une moindre mesure, des
acteurs). Ces femmes "sexy" nous paraissent ridicules. Leurs voix dissonantes et haut perchées, agaçantes. Ces 70 dernières années, l'érotisation a donc subi une évolution radicale : le désirable de 2000 n'est plus le désirable de 1940 ni même de 60 : Marylin elle aussi, date. Le jeu sexuel, les rôles impartis pour la séduction met en scène à présent des didascalies différentes et même opposées : la femme-fleur qui trottine en tortillant le popo est remplacée par la belle baraquée type "experts" qui roule les mécaniques et n'hésite pas à faire le coup de poing. Le temps où l'héroïne figée, se tordait les mains pendant que le brave, à bout de souffle combattait des méchants est révolu ; actuellement, comme on le voit dans les séries américaines, les femmes-flics, aussi fortes que les hommes, montent en première ligne... et demeurent ou sont sexy : elles ont donné une impulsion et en même temps se sont adaptées à la mutation érotique : l'érotisme, à présent c'est cela. Comment une dimension de l'être aussi intime a-t-elle pu changer si radicalement et en si peu de temps ? Qu'est-ce qui l'a fait changer ? Comment les hommes modifient-ils leur comportement sexuel en bloc dans une culture déterminée ? Qui démarre et qui suit ?
Il y a certes, très ancien le mythe des amazones mais celles-ci n'étaient pas un modèle sexy : un mythe seulement, qu'aucune femme n'aurait eu l'idée de copier. Celui des belles frondeuses du 16ème siècle, de reines qui furent des combattantes redoutables, Zénobie, Arsinoé, Hatchespout. Mais celles-ci pour tenir le pouvoir se déguisaient souvent en homme, allant jusqu'à se faire représenter avec une barbe. La femme était en général cet être malhabile et engoncé, rendue infirme et infantile, quémandant protection et force. Il s'agissait certes souvent d'un jeu, un jeu sexuel, une parade, mais celui-ci était institué tel que depuis des siècles.  
Cette mutation de notre érotisme est passée inapperçue et cependant c'est la première fois sans doute  dans l'histoire que nos catégories sexy-non sexy changent de manière aussi radicale. A cause du féminisme? Peut-être mais pas uniquement. Car les femmes ont toujours travaillé, contrairement au cliché : à la terre, à l'usine, partout... mais elles peinaient souvent en habits malcommodes, taille serrées, entravées, prenant des risques. Puis, mais il aura fallu des siècles, elles prirent conscience et imposèrent des vêtements adaptés dits "masculins"... et adoptèrent également des allures adaptées : la démarche, la posture vont de pair avec le vêtement. On ne marche pas de la même manière en talons aiguilles et en baskets; en jupe étroite ou robe à frous frous et en pantalons; et on ne se tient pas identiquement en mini jupe ou en corset et en survêtement... Et ce fut une sorte de miracle de l'adaptation : ces femmes dont on se moquait à l'époque des suffragettes, que l'on disait repoussantes devinrent à leur tour l'image même du glamour... affiché et soutenu par la culture, l'art, les moeurs ensuite : des actrices s'en firent le vecteur, parfois même excessif, ensuite copiées par toutes. De fait, un couple dans lequel la femme est beaucoup plus grande que l'homme ne choque plus beaucoup ; il eût été inconcevable autrefois.
Conséquence : les hommes durent s'adapter. Impuissance ? Parfois. Séduire Mariska Hargitay n'est pas séduire les tortilleuses d'autrefois. Cela requiert une plus grande envergure. La tâche se complique; les codes éclatent, certains n'y résistent pas : leur sexualité se trouve en défaut... et, souvent mauvais joueurs, ils se vengent. Plus de cadeaux, dans tous les sens du terme, mais la société n'a pas suivi le mouvement (dans l'ensemble leurs salaires sont plus faibles) dont les femmes en ces périodes de transition souffrent... Pour ceux qui n'ont dans leurs fantasmes sexuels que l'image d'une femme fleur, et il y en a beaucoup, la femme devenue inaccessible devient à abattre -ce que l'on ne peut atteindre humilie-. Alors certaines, en privé, rejouent le scénario obsolète, qui ne les satisfait pas, seul moyen de préserver un homme dont elles savent la limite sexuelle. C'est souvent le rôle que jouent les prostituées, exutoire commode au machisme blessé, mais aussi celui de certaines épouses.
De solution réelle ? Il n'y en a pas. Il y en aura dans vingt ans, parce qu'alors il n'y aura plus de problème.
Hélène Larrivé 
Publié le : juin 15, 2009
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