Suite du précédent...
Ce n'était pas si facile. Devenir un salaud demande un certain héroïsme, une éducation,
tout un art délicat. Il faut des antécédents, des références, un milieu propice, changer de réflexes, brider sa spontanéité. Elle avait raté son coup avec le gars qui devait l'appeler pour l'aider, roulage de mécanique devant les autres au marché, genre tu vas voir qui c'est Milou. Rien ensuite ; les gens du midi parfois sont comme ça. Elle n'avait pas osé l'appeler. Pas le temps, le jardin, le bassin, tous les prétextes habituels. Après tout, il ne lui devait rien. Et puis peut-être était-il pris, ça avait l'air d'un type à rendez vous multiples, très engagé.
Raté aussi avec David. Pas osé aussi lui dire qu'elle avait besoin d'argent. Son argent en fait. Après tout, le lui devait-il vraiment ? N'avait-il pas toujours gagné deux fois plus qu'elle ? Et cet argent commun, ne venait-il pas essentiellement de lui ?
Pas osé dire à Jacques qu'il était un salaud. Après tout, il n'était pas très malin et ne se rendait pas compte. Il lui avait annoncé la veille que Gérard avait dit sur elle... quoi au fait ? pas question de préciser. Genre je ne peux pas te le dire tellement c'est déplaisant. Mais à qui il l'a dit ? Genre je ne peux pas te le dire parce que ça ferait des histoires et moi les histoires je n'aime pas. Bon, alors un gus X t'a dit que Gérard avait dit des choses affreuses sur moi que tu ne peux pas me dire ? C'est ça. C'est pour toi, je t'avertis juste parce que je t'aime bien. Je ne veux pas que ça me retombe dessus, tu n'en dis rien surtout. Jaloux? Sans doute. Et Gérard est un bon copain de Jacques. Les gens de ce milieu sont parfois comme ça.
Juste osé envoyer son blog. Elle se sentait minable. La morale était minable. Mortelle. Crise d'angoisse.
Il fallait réagir enfin. Elle décida de frapper un grand coup. Il fallait un grand coup. Lequel ? Un meurtre, à tout le moins. Non. Un livre. Elle avait une idée... (à suivre)