Etudiantes et étudiants, aujourd'hui le blocus semble inadapté à notre
mouvement commun pour une cause essentielle. Quelles
en sont les raisons ? Quelles alternatives proposer ?
Avant tout, dans une telle effervescence, il ne serait pas superflu de préciser le fond de notre
mouvement. En effet, depuis quelques semaine que notre faculté est mobilisée, je m'étonne qu'une franche importante d'étudiants ne participent pas aux débats organisés, à des assemblées générales à vocation informatives pour se retrouver à voter en faveur d'un blocus.
Aujourd'hui, le
gouvernement dévalue la parole publique ainsi que la Loi. Le passage en force de sous contrats intérimaires légalisant la précarité ne sont que la surface d'une brèche profonde creusée depuis trente années : paupérisation de la jeunesse, enrichissement et profits indécents de patrons face à une « smicardisation » de la société et d'un chômage de masse, malheureux voyageur intime de notre jeunesse.
La force commune qui nous anime semble exclusivement vouée au combat contre le contrat premier embauche. Inéluctablement que ce soit dans une semaine, quinze jours ou un mois, le dialogue social s'établira et cette impasse trouvera une ouverture. Penserez vous alors face à une résurgence prévisible de l'individualisme, à l'approche d'échéances cruciales à maintenir cette union, au souvenir des précédentes élections ? Quelques sondages m'invitent à la plus grande méfiance. C'est pourquoi ne vous laissez pas séduire par des orateurs d'excellence ou plutôt par des sophistes médiocres.
Je vous invite à une mobilisation forte mais réfléchie, une action évolutive vers un dialogue possible. Or cette union tend à s'émietter, notre division sur des question de procédure fait le jeu du gouvernement qui n'attend que le pourrissement de notre action. N'oubliez pas que le premier ministre assoit son prestige sur l'aboutissement nécessaire de son projet, le recul serait un double échec : celui de ne pas voir aboutir la création probable bien que temporaire de nouveaux emplois mais aussi le recul d'un homme qui se veut social.
Pensez vous alors que le bras de fer que vous entretenez par le blocus, joue en notre faveur ? Il conduira à notre perte, notre avenir est en jeu certes, alors faisons preuve de responsabilité et agissons en adulte. Non à la précarité mais Oui à la « flex-sécurité », faisons preuve de raison et non de « boutisme ». Concernant ce point la position de certains syndicats semble disproportionnés et irréfléchie.
Aujourd'hui, le blocus est une mauvaise solution. S'il est nécessaire à l'impulsion d'un mouvement, à la mobilisation de personnes ayant leur conscience politique, l'information de personnes indécises, il n'est pas une finalité.
L'heure est à un mouvement à l'échelle nationale, et je suis sceptique quant à l'efficacité de bloquer une faculté quand le dialogue entre le gouvernement et les partenaires sociaux peine à s'établir.
Quittons notre microcosme, préférons l'union nationale entre les universités, préférons une mobilisation nationale décentralisée comme force efficace à notre mouvement. Préférons des actions devant des services publiques ou des institutions symboles, formons des chaînes humaines, informons et gagnons l'opinion publique car elle seule pourra faire pencher la balance en notre faveur.
Les journées banalisées nationales et la concertation des actions entre universités sont actuellement les idées à développer. Ne laissons pas notre mouvement se diviser, luttons pour notre avenir mais soyons raisonnable sur le moyen terme.