120 ans de french cancan! Le 6 octobre 1889, Joseph Oller et Charles Zidler ouvraient les portes sur une nouvelle salle de
spectacles, le Moulin Rouge. Des danseuses amateurs, lavandières ou blanchisseuses dans la journée, aux noms évocateurs, la Goulue, Mimi Pattes en l'air, Grille d'égoût, la Môme Fromage, font découvrir aux Parisiens une danse endiablée: elles montrent leurs jambes et même leur culotte.
Un Anglais, Charles Morton, rendra célèbre dans le monde entier "cette drôle de danse qui fait du bruit" sous le nom de french cancan. Aujourd'hui encore, pas un spectacle du prestigieux cabaret ne se conçoit sans ce numéro qui exige un entraînement de cinq semaines avant de monter en scène. En 1891, la Goulue figurera sur la première affiche dessinée par un habitué, Toulouse-Lautrec. Reconnaissant, le cabaret lui consacre régulièrement un tableau dans ses spectacles.
A la Belle époque, on y joue des opérettes et une jeune actrice, qui deviendra plus tard une célèbre romancière sous le nom de Colette, y fait scandale en embrassant une autre femme dans
Rêve d'Egypte. Peu après, le 29 juillet 1907, une autre jeune femme fera sa première apparition dans
La revue de Paris. Ce sera le début du long règne de celle qui restera la reine de Paris: Mistinguett. La Miss y créera de nombreuses chansons, dont
On m'suit avec des boys de la troupe, Jean Gabin, que le cinéma accaparera plus tard. Aucune des meneuses de revue célèbres qui lui succèderont, comme Lisette Malidor ou même Line Renaud, ne parviendront à la faire oublier.
Alors qu'autrefois, les spectacles se succèdaient à un rythme de french cancan; aujourd'hui, il s'agit de superproductions qui demandent du temps pour être rentabilisées.
Formidable, la précédente revue, a acueilli 4,5 millions de spectateurs de 1988 à 1999. L'actuelle Féerie, présentée en Décembre 1999, est programmée jusqu'en 2012. Elle a coûté 8 millions d'euros, dont 4 millions pour seulement les costumes et chaussures. Chacune des 60 Doriss Girls (elles étaient 4 en 1957), les danseuses de la troupe, de 14 nationalités différentes, dont aucune ne mesure moins de 1,75 m et dont la variation de poids est règlementée (pas plus de 2 kg d'écart) dispose de dix paires de chaussures, toutes sur mesure. Une paire de cuissarde en strass coûte 3000 euros. En coulisses, treize couturières à plein temps veillent, de 9 heures à minuit, sur les 1000 costumes eux aussi sur mesure.
Le Moulin Rouge n'a aucun droit à l'erreur. Chaque nouvelle revue est testée et paufinée des mois à l'avance. Le nom de la prochaine, programmée en novembre 2012, est déjà choisi mais reste secret. Il commencera par un "F", comme toutes depuis 1962. La musique, signée Pierre Portal, est déjà enregistrée avec un orchestre symphonique. "50% de la pérennité d'un spectacle vient d'elle", souligne la direction, qui ne lésine pas sur les moyens. Celle de
Féerie a coûté 2 millions d'euros. Elle expliquerait donc en partie son taux de remplissage record de 97% avec une moitié de spectateurs étrangers, principalement chinois, américains, russes et espagnols.