Manifeste Taquile / Il y a peu, dans la communauté quechua de Taquile, la force de la Pachamama (Terre-Mère),
de la Mamaqota (“Mère Lac”) a de nouveau vibré et a nourri, à la lumière du Taita Inti (le Dieu Soleil), le CISA, l’organisation mère des peuples indigènes. Le Forum Statutaire, auquel participaient des Quechuas et des Aymaras, a été un succès. L’Assemblée a ratifié les Principes adoptés en 1980, Ollantaytambo – Qosqo, qui définissent l’homme comme partie intégrante du cosmos et comme facteur d’équilibre entre la nature et l’univers. Nous nous définissons comme peuples indiens, réaffirmant l’indianisme qui est notre théorie de libération.L’Assemblée a promulgué le Statut Organique qui régira désormais la vie institutionnelle du CISA. En effet, le Statut précédent ne traduisait pas les angoisses et perspectives du travail. Cette réunion est un pas qui fortifie l’histoire de l’indianisme et du CISA, qui s’unit à son peuple.Taquile est une île quechua où persiste l’esprit des amarus et des kataris. Ce peuple insulaire a la particularité d’être l’un des derniers bastions de la résistance à l’invasion espagnole. Charles Quint s’est approprié l’île et quelques années plus tard, après une vente aux enchères, il cède l’île et ses habitants au Comte Rodrigo de Taquila, duquel dérive le nom actuel de l’île. Les hommes et les femmes ont été obligés de porter les vêtements utilisés par les paysans espagnols et que l’on reconnaît encore aujourd’hui. C’est donc la colonisation qui est à l’origine du changement de nom de l’île, qui originellement était INTIKA. Malgré la perte de leur nom et de leur habit traditionnel, les insulaires conservent jusqu’à aujourd’hui leur langue, leur organisation sociale basée sur le collectivisme communautaire. Ils continuent de vivre sous le code moral de l’AMA SUWA (ne vole pas), de l’AMA LLULLA (ne mens pas) et de l’AMA QILLA (ne sois pas oisif), raison pour laquelle les chiens sont interdits sur toute l’île.Aujourd’hui, malgré le piège de la modernité, ils n’ont pas changé leur mode de vie et garde leur organisation collective, comme une alternative face à la culture individualiste, colonialiste et prédatrice.Les taquileños vivent de la pêche, de l’agriculture, de l’artisanat et du transport des touristes qui souhaitent connaître leur île et les coutumes de ses habitants. Malheureusement, les entreprises privées extérieures à la communauté veulent occuper ce marché, utilisant pour cela des embarcations modernes, ce qui privera les habitants de l’île des revenus liés à l’activité touristique.De plus, nos frères taquileños dénoncent la menace qui pèse sur les eaux du lac sacré, le Titicaca. En effet, ils affirment que le lac est menacé par une pollution systématique due à l’écoulement des eaux usées de toutes les villes entourant le lac et qui débouchent directement dans le Lac. Ils dénoncent en outre le projet binational Pérou – Bolivie qui projette de construire une digue sur le fleuve Desaguadero pour théoriquement réguler les eaux du Titicaca et du lac Poopó, avec l’obscure idée de transvaser les eaux du bassin hydrographique du Lac sacré vers les côtes du Pacifique. Cependant, ce projet aura un impact négatif sur la vie et l’habitat de la région du Haut Plateau, provoquant une catastrophe écologique.Pour ceci et pour beaucoup d’autres raisons, les peuples quechuas et aymaras insistent pour que le CISA soit fort et reste ferme comme les pierres du Sanctuaire, ensemble avec les peuples indigènes, pour la défense et le respect de leurs droits fondamentaux. Intika (Taquile), février 1998.