« Il me
semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas... » Je n’avais jamais
réussi à me défaire de cette phrase depuis l’époque bénie où, avec Jo, nous
lisions le Spleen de Baudelaire à deux voix. Alors, un jour, bien des années
plus tard, je suis parti. J’ai bourlingué dans les capitales d’une Europe
saisie par les soubresauts de l’effondrement du communisme. La nourriture était
médiocre. J’ai pris le Transsibérien pour la Chine. Deng Xiaoping m’a refusé
l’entrée des dancing-rooms. J’ai traversé l’Himalaya en compagnie de
clandestins tibétains et mijoté dans le chaudron bouillonnant des spiritualités
et des philosophies de l’Inde. Les dieux m’ont filé le bourdon. J’ai plongé au
coeur de l’Afrique qui a failli me garder prisonnier de sa forêt, de son Grand
Fleuve et de ses chants. Trop de moustiques. J’ai traversé le Sahara, pénêtré
le Royaume de la Peur, à la recherche de l’Atlantide. Mais lorsque je me suis
présenté à la porte de la Citadelle, Antinéa m’a fait savoir qu’elle n’avait
besoin de rien.
Syracuse est le titre d’une chanson. Une de ces chansons
toutes simples, dont sans raison on a du mal à se défaire et qui, comme un
poème à demi oublié, finissent quand même par nous emmener au bout du monde.
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