Décidément, il doit y avoir quelque-chose dans l'air ambiant de l'Amérique du Sud, qui déforme les cerveaux des écrivains
ou bien les prédispose à une folie dépressive rare chez les Européens. Dire que ces nouvelles sont noires est bien faible, elles ne concernent pas vraiment les êtres humains en fait. elles sont peuplées plutôt de fantômes, d'ectoplasmes, de vampires que d'êtres vivants.Ceux qui ne sont pas morts deviennent fous ou sont atteints de crise d'épilepsie : on doit se concentrer sur chaque ligne, car, pour peu que notre esprit vagabonde un moment, un paragraphe plus loin, notre héros se retrouve dans un autre lieu en un autre temps. Mais quand, comment celà s'est-il produit ? Ou bien un conducteur de train devient fou après l'avoir redouté et on doit relire la page pour tenter de comprendre le processus d'aliénisation (de l'anglais, devenir un alien). Tous ces fantômes non vivants continuent pourtant d'aimer, et donc de vivre. Ce n'est pas pour eux, le paradis ou l'autre monde, ils restent bien enchainés à la terre, et continuent en fait de souffrir. Tels ces deux amants qui se sont empoisonnés pour vivre enfin ensemble, ils se rendent atrocement compte qu'ils ne pourront jamais consommer leur amour, sous peine de mourir une deuxième fois. D'ailleurs combien de vies, ou de morts pouvons-nous vivre ? la souffrance s'arrêtera-t-elle jamais ?
Pas pour Horacio Quiroga, uruguayen, qui s'est suicidé en 1937.