Le Livre de Sable
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Publié le : avril 05, 2006
Borges a réussi cet incroyable
tour de force : écrivain de rénommée mondiale,
il n'a jamais écrit de roman. Mais ses contes et
nouvelles bâtissent un univers personnel à nul autre
comparable. Le Livre de Sable, recueil de treize contes
fantastiques, y participe de façon remarquable et contient
certains des écrits les plus fascinants de Borges.Le
premier, L'Autre, reprend le thème du double, que
Maupassant avait déjà exploré dans le Horla.
Borges se croise dans une allée de Cambridge et entame une
conversation qui engendre rapidement le malaise. On y lit,
notamment, cette phrase aux accents prophétiques inquiétants
: « l'Amérique, entravée par la
superstition de la démocratie, ne se décide pas à
être un empire ».
Le second, Ulricca narre
l'improbable rencontre avec une scandinave intemporelle,
fantasmatique, et est le seul récit d'amour en prose que
l'auteur écrivit jamais.
Le Congrès,
dans lequel l'influence de Chesterton se fait insistante, est une
tentative de reconstruction du monde comme les affectionne l'auteur.
There are more things,
au-delà de la citation shakespearienne, est un magistral
pastiche de Lovecraft à la mémoire duquel il est
d'ailleurs dédié.
La secte des trente est
un faux archéologique, un texte apocryphe sur une hérésie
imaginaire. La Nuit des dons est un récit
d'initiation à l'amour et à la mort.
Le Miroir et le Masque
et UNDR sont deux
contes sur un thème cher à l'auteur : la poésie
et son pouvoir de recréer l'univers par la force d'un mot
ultime et définitif.
L'Utopie d'un
homme qui est fatigué est un faux voyage dans le temps :
c'est un conte philosophique désabusé sur les futilités
de notre propre époque. Le Stratagème est
l'histoire d'une escroquerie qui n'aurait pas déparé
cet autre recueil de Borges, Histoire universelle de l'infamie.
Avelino Arredondo
est le récit d'une idée fixe, savamment conçue
et entretenue jusqu'au dénouement brutal.
Les deux derniers
contes, Le Disque et Le Livre de sable sont, aux dires
de l'auteur lui-même, des objets improbables : un
disque euclidien impossible et un livre infini, qui serait à
lui seul une Grande Bibliothèque.
Dans l'épilogue de la traduction
française Borges affirme : « Je n'écris pas
pour une petite élite dont je n'ai cure, ni pour cette entité
platonique adulée qu'on surnomme la Masse. Je ne crois pas à
ces deux abstractions, chères au démagogue. »
Le caractère saillant de ce
livre, outre le talent incontestable de Borges, c'est une froide
ironie, sans doute le reflet esthétique du pessimisme que
l'auteur entretenait à l'égard de l'espère
humaine.