BIOBUS
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Publié le : juin 14, 2007
Lundi, 7h26.
Personne ! Je ne sais pas si j’aime ou si je n’aime pas quand j’arrive à proximité de mon arrêt de bus et que personne ne s’y tient déjà. Ce doit être lié avec mon humeur du jour ou peut-être avec ma tenue du jour. Ah nan, je sais, avec l’heure qu’il est… et puis non, peut-être que non. Je ne sais pas. Bientôt vous me connaîtrez mieux que je ne me connais moi-même et lors vous serez en mesure de répondre à cette énigme et à bien d’autres encore je suppose. Je suis pleine de ce genre de questions que personne ne pose mais que tout le monde subit. C’est juste que personne ne met de mots sur des questions aussi… inutiles ; c’est vrai. Qu’importe que j’aime ou n’aime pas me trouver seule avec moi-même à l’arrêt de bus de la rue du Docteur Roli, ce qui importe vraiment c’est ce qui se cache derrière l’absence notable de cette salle gamine qui m’agasse (ah oui, je dois vous dire que beaucoup de choses insignifiantes m’agacent ou si elles ne m’agacent pas, elles me stressent).
Nous étions quatre ce matin là. Madame Tamorte, le nez dans le guidon mais sans le vélo, la peste et sa copine de la même espèce qui, loin d’être rare, a tendance à proliférer aux alentours des arrêts de bus – ou plutôt aux horaires ou sortent des établissements scolaires des ados pas du tout scolaires, errant en quête d’un moyen de transport que l’on dit être « en commun ». D’ailleurs je ne vois pas pourquoi puisque personne ne se parle. L’appellation « transport de marchandises » aurait pu convenir – et moi. Moi, égale à moi-même. Nous voici donc, quatre individus postés là, silencieux. Oui, silencieuses, toutes : le miracle du matin c’est de ne pas permettre aux inconditionnelles du moulin à parole de s’adonner à leur petit manège avant qu’il n’ait atteint une certaine heure. Les deux compères entamaient alors leur mue pour mieux endosser leur fonction de marchandises. Le bus se fit attendre. Je surpris Madame Tamorte levant le nez de son guidon, peut-être pour guetter le bruit pétaradant du bus s’élever au dessus de celui des voitures. Oui, lever le nez permet de mieux entendre, du moins c’est ce que laisse entendre le mouvement de nombre d’entre nous pour mieux saisir les choses. Par exemple, si votre fils de quinze ans lance un soupir contestataire alors qu’il trouve injuste de devoir éteindre la lumière en sortant d’une pièce, et bien là, nous nous indignons et levons tous le nez pour mieux entendre ce qu’il osera répéter ou non… C’est donc probablement pour mieux entendre que Madame Tamorte fit ce mouvement tandis que les deux vipères commençaient à s’agiter dans tous les sens et à conspirer pour finalement déguerpir. Aucune confusion ne s’installa suite à leur départ prématuré. D’ailleurs il m’arrive aussi de partir sans raisons apparentes. Par exemple, si je vais en cours et que je réalise que j’ai oublié mes affaires, il y a de fortes chances que je m’en retourne. Mais là, elles n’avaient pas rebroussé chemin ce qui indiquait qu’elles avaient résolu de s’en aller à pied… Après tout, elles ont dû se dire que ça ne valait plus la peine d’attendre, qu’elles iraient tout aussi vite à pied… quoi que c’est un peu dommage de patienter sagement quinze minutes pour finalement marcher. D’autant plus que c’est le meilleur moyen d’éprouver une déception terrible dès le matin… le bus risquerait de les doubler sous peu… Ceci dit, leur attitude ne passa pas inaperçue pour autant, je ne croyais pas me tromper en remarquant que les deux cachottières n’avaient pas une mine très sportive ce matin là. Que cachait donc ce départ subit ? J’allais le découvrir.