Ma dernière enquête
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Publié le : février 20, 2006
Il était à genoux, il sanglotait devant moi tenant une arme à la main.
Malheureusement les soupçons concernant son épouse Hélène Doyle étaient
fondés. Je crois qu’elle pensait que son mari ne douterait de rien et
qu’il attendrait sagement sa mort. La relation extraconjugale était
peut-être récente ou, peut-être que voyant la fin de son conjoint
approcher à grand pas elle était devenue moins discrète qu’au début.Quoi
qu’il en soit, les sorties répétées d’Hélène tard dans la nuit avaient
fini par agacer mon client. Il ne lui restait que 4 mois à vivre
certes, mais il avait travaillé durement toute sa vie ; il était donc
en droit de connaître la triste vérité, il devait savoir si sa femme
était digne de toucher le grand héritage. M. Doyle avait alors fait
appel à mes services une fois de plus, ce devait être la sixième si je
ne m’abuse. Je vous raconterai mes aventures un jour prochain, je vais
d’ailleurs bientôt avoir tout mon temps. Cela me permettra surtout
d’occuper ma pensée et mes neufs doigts ! Hum ! A l’époque où je
n’étais pas encore le vieux renard que je suis devenu j’ai perdu mon
pouce. C’était lors de ma troisième enquête si je ne m’abuse, on peut
dire que je manquais encore singulièrement de doigtés !Bref… je
terminerais certainement ma passionnante vie sur un fauteuil, à taper
un mot toutes les 3 minutes. J’écrirais sans doute mes mémoires en
attendant d’être assez sénile pour rester durant des heures sans
mouvement, à scruter un horizon imaginaire. Oui, malheureusement je
suis partisan du club fermé : « individu avec le besoin vital d’être
toujours en mouvement. » Il a ces bons côtés, néanmoins le plus souvent
c’est un handicap dans ce métier. Ecrivain… voilà une digne fin de
carrière ! En général le plus dur est d’avoir une histoire à raconter,
et moi… j’en ai des choses à vous apprendre croyez-moi ! Bon, je
devrais au préalable m’entretenir avec un psychiatre mais… ça ne
devrait pas poser trop de problème. Comment ? Non je vais bien, je dois
simplement me faire hypnotiser parce qu’il y a 3 ans j’ai utilisé une
méthode pour oublier certains crimes. Lors d’une enquête j’ai rencontré
le neurologue le plus côté de tous les temps et il m’a convaincu de
participer à une expérience sans danger. Le professeur Georges Gibbon a
compressé dans une simple pilule des éléments chimique qui une fois
assimilées par l’organisme bloquent vos souvenirs désagréables. Pour
moi ce fut une révolution, je pouvais enfin dormir sans cauchemarder,
sans avoir le genre de souci qui vous vient à l’heure de dormir. Vous
savez bien de quoi je veux parler ! De tous ces problèmes de la vie qui
resurgissent au moment même ou vous poser la tête sur l’oreiller ! Le «
blindpart » - c’est le nom que lui a donné son créateur - est un
procédé nouveau qui fonctionne plutôt bien, vous pouvez me croire. Je
vous assure qu’en l’espace d’un instant, il fait disparaître… non, il
voile une partie de notre mémoire. Rassurez-vous, et c’est le plus
fabuleux, les souvenirs sont intacts. Ils sont justes… comme dans un
grenier, et le plus important c’est que je garde toujours le contrôle
de ce que je ne veux plus connaître. Malheureusement certains médecins
sont contre cette pratique, d’après eux il y aurait fatalement des
effets secondaires. Personnellement je n’ai jamais rien remarqué en 3
ans que j’utilise le « Blindpart », qui littéralement traduit signifie
« partie aveugle. »