Un seul saut suffit à nous amener vers notre destination. C’était un petit système solaire composé d’une unique étoile géante autour de laquelle gravitait une minuscule planète. Et c’est vers elle
qu’Ela nous guidait.
« T’en fais pas P’tit Joe. Elle est protégée par un écran. » Ela accompagna ces paroles en posant sa
main autour de mon épaule. Elle avait lu dans mon esprit mon interrogation au sujet de la planète. Comment la vie pouvait-elle être possible exposée à un tel rayonnement. ?
J’aimais sentir le contact de sa main sur mon épaule. Cette démonstration d’amitié, simple et directe, manifestée par un être qui avait une telle avance morale et éthique, je la ressentais comme un grand honneur.
« Amitié Joe ?»
Je me concentrais sur les commandes du vaisseau, à présent en phase d’approche finale.
Un rayon vint à notre rencontre depuis un immense dôme et nous déposa en douceur sur une plate forme.
Ensuite Ela m’emmena à travers un fouillis végétal qui déboucha sur une petite clairière.
Adossée à un bois d’arbres immenses, aux ramures colorées comme en automne, et bordée par une petite rivière à l’eau claire, il y avait une habitation basse tout en bois.
Ela partit en courrant dans sa direction.
« C’est chez nous Joe. Allez, traîne pas comme ça, viens !!! »
Nos journées étaient jalonnées de nouvelles découvertes. Il y avait toujours un recoin de vallée ou un méandre de rivière sur lesquels nous pouvions nous émerveiller, du fait de la beauté du paysage, de la végétation et de la faune.
C’est lors d’une ces promenades qu’Ela aborda le sujet évoqué brièvement avant la série de batailles menées contre les Xenors.
« Joe. Tu te souviens du sujet dont nous avons brièvement discuté concernant « la porte de sortie » ? » J’acquiesçais et elle continua.
« Ce soir, une holloconférence sera organisée entre nous et le
conseil. Tu es invité »
J’attendis la suite en regardant devant moi puisque nous marchions sur un sentier escarpé situé en surplomb de la rivière, mais comme rien ne vint, je me tournais vers elle. Ela me regardait de son regard souriant et toujours un peu moqueur.
« Qu’y a-t-il Joe ? »
« Rien Ela Elæis, rien du tout » et je lui attrapais la main l’entraînant ainsi dans une chute de plusieurs mètres vers l’eau de la rivière.
Nous étions vêtus légèrement et lorsque nous sommes arrivés au bungalow nous étions secs. Tout le trajet durant, je tenais sa main dans la mienne. Je sentais le désir grandir en moi à chaque effleurement de ses doigts dans la paume de ma main. Arrivés à l’intérieur de l’habitation, Ela m’attira vers elle et fixa profondément son regard dans le mien. Je sentais son esprit pénétrer le mien et lorsqu’elle y trouva l’idée qui me préoccupait, son sourire accompagna une pensée triste et d’un commun accord, mais à regret, nos mains se séparèrent.
Afin de ne pas augmenter notre détresse commune, j’enfouis mes pensées moroses au fond de mon jardin secret.
Les journées sur cette petite planète étaient très longues. D’ailleurs le cycle jour/nuit ne pouvait se faire que grâce à la technologie de dé gravitation Androxienne, autrement, l’attraction du soleil immense du système, aurait exposé ses rayons en permanence sur une seule face. Du fait de leur longueur, sous le dôme protecteur, un soleil artificiel, créait les conditions indispensable à un cycle jour/nuit proche de celui de la Terre.
L’holloconférence débuta dés l’arrivée du soir. Le conseil devait être au complet puisque aucun siège n’était inoccupé.
Il n’y eut pas de présentations. J’étais connu de tous et l’inverse n’était pas nécessaire. Mais pourquoi cet air grave, plus grave que la dernière fois, sur leurs visages ?
Je ne m’attendais pas à un long discours et ainsi ne fus pas déçu.
Le conseil des sages m’annonça une chose stupéfiante.
Les Androxiens, malgré notre victoire commune sur les Xenors, ont décidé de finaliser un projet qui les préoccupait depuis des lustres.
« Nous vous avons sous-estimé, vous, le peuple de laa Terre. Votre race a un potentiel extraordinaire et surprenant. Nous avons découvert en vous quelque chose de rare qui pourrait vous permettre de passer, un jour, de l’état primitif à un stade suffisamment élevé, pour vous permettre de survivre en vous évitant, par exemple, de ne pas vous entretuer.
Pour cette raison, nous avons décidé, si vous le voulez, de faire de votre race, nos héritiers, lorsque nous partirons définitivement… »
J’ai tourné mon esprit vers Ela et je compris. La proposition du conseil ne se présentant pas véritablement sous forme de question, je n’ai pas jugé utile de leur répondre. Il allait de soit que les Terriens accepteraient et en seraient très honorés.
« Joe, je ne partirai pas. »
Je ne suis qu’un fragile humain et deux nouvelles pareilles, coup sur coup. L’une intéressante et pleine de perspectives bien qu’un peu effrayante ; l’autre pleine de promesses mais néanmoins ambiguë ; c’était trop et je sentis mon esprit vaciller sous l’émotion.
Après cela, il fallut plusieurs jours pour que je commence à réaliser vraiment la portée de l’annonce faite par le conseil.
Avec Ela, la situation était délicate.
Elle renonçait à partir avec ceux de sa race dans l’accomplissement de leur destinée pour rester avec nous, nous Terriens, si primitifs en comparaison des siens. Qu’avions nous à lui offrir en échange ?
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