C’est en 1952 que la pièce de Samuel Beckett est jouée pour la première fois, acclamée par le public et traduite en plus
de 20 langues. En effet, l’auteur commence à obtenir une reconnaissance grâce à En Attendant Godot, bien que les travaux antécédents du franco-dublinois désormais Prix Nobel de Littérature méritaient déjà beaucoup d’attention, et suscitaient toutefois l’intérêt des critiques et des experts avertis.
La pièce appartient au genre absurde, s’appuyant sur le non-sens inhérent à la vie perçu par les existentialistes, que certains considèrent parfois comme une approche nihiliste en référence aux ouvrages et réflexions de Nietzsche. En Attendant Godot est une œuvre de théâtre surréaliste, dans laquelle la dérision, la métaphysique et la psychanalyse se trouvent confondues pour dresser un portrait pessimiste de la condition humaine. Ecrite juste après la deuxième guerre mondiale, la pièce apparaît comme un sinistre état des lieux d’un monde peuplé d’âmes errantes et désœuvrées, nourries par des espoirs fantasques et abattues par une réalité sans perspectives heureuses.
Le décor est épuré (une route, un
arbre) et reflète austèrement l’existence des quatre personnages, vagabonds démunis dont l’unique espoir se résume à attendre un certain Godot qui ne viendra pas. Vladimir et Estragon entretiennent une
relation empreinte d’affection et de soutien : ils s’appellent Didi et Gogo, et partagent au quotidien la misère et l’ennui, l’impatience et la résignation, l’espoir et la désillusion. Leur attente est troublée par l’irruption de deux énergumènes aux allures étranges: l’un aveugle (Pozzo) et l’autre muet (Lucky), qui déambulent liés par une corde. Leurs échanges n’apportent rien de concret : ils tuent le temps. Un messager survient pour annoncer que Godot ne viendra pas, qu’il donne un autre rendez-vous pour le lendemain, à la même heure, au même endroit (près de l’arbre, symbole phallique ou arbre de la connaissance), peut-être… A travers les personnages, les thèmes de l’intimité, la relation maître et esclave et la croyance sont soulevés : Godot serait-il tout simplement Dieu, qui oublie les humbles hommes qui croient en lui ? Pozzo apporte une réponse en déclarant que tous sont d’origine divine : Godot peut vraisemblablement être cette partie d’eux-mêmes qu’ils ignorent encore, ou peut-être l’un d’eux ?