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je m'appelle Asher Lev

par : siloe    

Auteur(s): Chaim Potock
Commentaire du roman “Je m’appelle Asher Lev” de Chaim Potok
Il est de ces livres dont on se demande
dix fois, pendant la lecture, s’il ne vaudrait pas mieux l’abandonner; déjà il était de ceux qu’on a souvent pris dans un rayon de bibliothèque, quelque chose nous attirant dans son titre peut-etre: “je m’appelle Asher Lev” intrigant…mais aujourd’hui j’en ai déjà pris trois, on le remet à sa place. Mais on y revient, un autre jour.
La lecture n’est pas aussi aisée que celle de tant d’autres, qu’on a lus et oubliés; il entre par couches successives dans notre cerveau, presque lourd dans le martèlement de la phrase si souvent répétée “je m’appelle Asher Lev”, le personnage, Asher, est appelé à tout bout de champ, plusieurs fois dans la meme conversation, par son père, sa mère, le rabbin, ses maitres “Asher” à chaque page.
Et ce n’est qu’à la fin du roman que j’ai commencé à comprendre pourquoi: il s’agit d’une naissance, un nom est donné, un renouveau d’identité. Si le roman nous touche, c’est parce qu’il est celui d’une identité reconnue et aimée (Asher est juif pratiquant – repecte père et mère – porte les signes extérieurs de sa religion) à laquelle le jeune etre humain qu’il est avant tout ne veut pas s’arracher meme si , très douloureusement, il sait ce qu’il doit devenir (Asher est peintre, peintre inné, instinctivement, irrésistiblement peintre , ce qui va contre la religion,le père, la communauté). Et, s’il est pour lui nécessaire, contre tout ce qui est le plus proche, de blesser sa mère , très tendrement aimée, de faire plonger son père, qu’il admire, dans une colère humiliante pour lui et pour son fils, il traversera cette nécessité.
Ce jeune enfant dont on nous parle (il a , longuement dans le livre, un age où il ne comprend qu’obscurément les choses, dix ans, puis treize ans seize bientot) porte son talent incontestable de peintre comme une faute (“Je suis un juif orthodoxe. Oui, sans aucun doute les juifs orthodoxes ne peignent pas de crucifixion. A vrai dire, les juifs orthodoxes ne peignent pas du tout, du moins de la manière dont moi je peins.”), comme une urgence extreme (sa main dessine pendant les cous sur la Torah, les cours de maths, en dehors de sa volonté) comme une respiration (il dessine dix fois, vingt fois un visage rencontré, le tableau d’un maitre, jusqu’à ce qu’il ne le voie plus) comme le talent qui le rend imperméable aux règles de son monde ( ne pas peindre de nus – ne pas peindre trop – ne pas peindre de crucifixionx).
Il faut arriver aux toutes dernières pages du livre pour comprendre que cet appel à la naissance d’un etre – Asher Lev – comme réconcilié avec soi parle avant tout de la création, du fait qu’elle est scandale plutot que jouissance, malaise avant que beauté et qu’elle complique notre sens de l’existence.
“Je peignis vite, emporté par une curieuse énergie. Au nom de toute la douleur dont tu as souffert, maman. Au nom de toute l’angoisse que ce tableau de douleur causera en toi.(…) Au nom des cauchemars, des nuits d’attente, des souvenirs de mort, au nom de l’amour que j’éprouve envers toi, pour t outes les choses que je devrais me rappeler mais que j’ai oubliées, pour tout cela, j’ai créé ce tableau – moi, un juif orthodoxe qui travaille sur une crucifixion parce que dans sa tradition religieuse il n’existe aucun modèle esthétique auquel rattacher un tableau d’angoisse et de tourment extremes.”
Entre le premier passage cité, qui est à la toute première page du livre, où on s’étonne juste un peu de ce qui pourrait etre perçu comme un décalage: un juif qui peint une crucifixion ou, tout au plus,un choix paradoxal et peut-etre scandaleux et ce passage qui est vers la fin du roman, où apparait enfin la valeur de prière, de sacrifice du tableau intitulé “Crucifixion à Brooklyn” tout le livre a passé. Pour comprendre le cheminement du petit juif qui dessinait des fleurs pour égayer sa mère malade au peintre dééjà célèbre qui en vient à exposer un tableau où sa mère est dépeinte en crucifiée, il faut avoir lu toutes les pages où Asher à Florence, au Louvre et dans d’autres grands musées étudie et recopie tant et tant de tableaux sacrés ,et toutes les pages où il est rappelé à son nom: Asher Lev.
Après quoi, comme après tout grand livre, rien n’est plus aussi clair: toutes nos lectures précédentes avaient abouti a’ quelques idées maitresses , celle-ci bifurque, ne confirme rien mais interroge.
Publié le : septembre 07, 2005
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