Nicole était dans sa chambre.Tranquille. Mais quelque chose
allait bouleverser sa vie. Quelque chose d'énorme, suivant de
près des traditions familiales étranges. On lui annonça. D'un coup, comme ça. Comme si ce n'était rien, comme si ce n'était qu'un détail de sa vie. Sa mère est morte. Elle s'est suicidée. Cela voulait dire qu'elle avait cessée de vivre, de sentir, de voir, d'entendre. Plus jamais elle pleurer, penser, parler, rire. Ça signifiait qu'elles n'allaient plus se voir. Peut être ne plus s'aimer. C'est vrai que sa mère ne lui parlait jamais, ne la voyait quasiment pas. Qu'à Noël, elle n'avait que banalités, joues froides et baisers sans saveur. Mais jamais voulait dire rien. Et ça, c'est quand même quelque chose. Elles avaient 20 ans d'écart, à peine une génération. Mais le plus curieux pour nous, qui ne sommes pas de cette étrange famille est la phrase qui va suivre. Nicole SAVAIT qu'elle allait faire pareil. 34 ans, c'est jeune pour mourir. Oui, vous faites le calcul, elle a 14 ans. Mais elle, elle savait que le temps était compté. Que plus rien ne comptait. Qu'il ne lui restait plus que 20 ans, 22 heures et 43 minutes avant de mourir. Triste non ? Elle, elle trouvait cela fidèle, loyal, plein de convictions. Pour elle ce n'était pas stupide, téméraire, c'était juste répéter ce que les femmes de cette famille font depuis 7 générations.Elle avait la sensation qu'elle l'avait toujours su. Que toute sa vie avait été faite de mensonges superflus et inutiles. Mais maintenant sa vie allait prendre une tout autre tournure. Vivre pour mourir. Pour sa famille. Une famille qu'elle n'aimait pas et qui ne l'aimait pas. Désormais, ça allait être son but, sa vie. Elle voulait tout copier dans les moindres détails. Elle savait qu'elle allait avoir une vie de rêve, comblées de grands bonheurs et de petits plaisirs. Mais rien n'allait la dérouter de son chemin. Toute sa vie résidait dans le seul fait de sauter d'un pont, à l'endroit même où sa mère, sa grande mère et toutes ses ancêtres l'avaient fait. Elle s'en rendait compte mais une autre vie lui semblait bien fade face à ce qui l'attendait. Cette destinée qui la faisait frémir. Cette poussée d'adrénaline qui allait durer des décennies, des heures et des minutes. Plus que 20 ans, 22 heures et 41 minutes. Même si le temps ne presse pas, elle, elle est pressée. (…) 19 ans plus tard, Nicole est mariée. Elle a une petite fille de 13 ans, bientôt 14, dans une semaine. Le temps est bientôt venu. Elle n'est pas triste, elle ne regrette rien. Elle a épousé un aime qui l'aime et qu'elle aime. Ils ont eu 1 enfant. Elle vit dans une grande maison, remplie de
bonheur. Celle de sa mère, ou plutôt celle de sa grand-mère. Et celle de sa fille bientôt. D'ailleurs, elle est déjà au courant. Nausicaa, comme sa mère, le nom de sa grand-mère. Ces prénoms passaient d'une génération à l'autre depuis….très longtemps. Dans la famille, le calme, le goût des traditions et…le
suicide, sont héréditaires. La maîtrise de soi est primordiale. Nicole était mélancolique. Mais un certain Victor Hugo n'a-t-il pas dit "la mélancolie, c'est le bonheur d'être triste" ? Nicole y croyait, malgré le fait qu'elle ne voulait pas être heureuse, elle trouvait ça niais et inutile. Pour elle, la vie avait un but; mais pas le bonheur, c'était trop "petit". Son objectif qui l'attirait tant allait avoir lieu dans une semaine. Cette poussée d'adrénaline Qu'elle aimait, dont elle se délectait surgissait progressivement. Elle comptait les jours, le dernier repas, sa dernière gorgée d'eau. Jusqu'à sa dernière nuit…Ce matin elle se leva. Et comme une grosse bouffée d'air chaud lui vint dans son cœur. Ce jour était le sien. Ce jour ou terminait sa vie, mais où commençait son bonheur. Ce jour où elle allait sauter…Elle alla sur le pont. Regarda le vide. Elle n'afaisait durer le plaisir. Elle enjamba la rambarde, respira une bouffée d'air frais. Regarda une dernière fois ce monde qu'elle allait quitter puis cria. Elle sauta, des larmes de joies inondant son visage…