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Anne Belle ( chapitre 2 ) Suite 2

par : PhilippeCERF    

Auteur(s): CERF Philippe
Néanmoins, l’amour de ses parents n’avait pas empêché, Anne Belle, de garder en elle, ce désarroi naissant. Elle n’avait
rien exprimé de ses doutes, de ses questionnements liés à ses ennuis de santé. Pourquoi leur confier ses inquiétudes, ses angoisses ? N’allait-elle pas les alarmer un peu vite ? N’était-il pas trop tôt, sans savoir exactement ? Puis, ce n’était peut-être que passager ? Leur faire l’annonce ? Elle n’en éprouvait pas la nécessité immédiate, peut-être plus tard, pour l’instant, qu’ils vivent tous deux dans l’insouciance.
   Satisfaction et réjouissance étaient les deux premiers mots qui lui venaient à l’esprit, quand elle repensait à la visite de sa mère et de son père. Le temps lui paraissait si long, si interminable, seule, dans ce petit appartement. Elle pouvait parfois sans même se poser la question de l’intérêt de ce comportement, passer des heures à regarder le poste de télévision. Encore que, si l’éventualité d’une quelconque prise de connaissance eut pris l’ascendant sur son ennui, elle aurait pu voir dans cette boulimie audiovisuelle une raison d’assouvissement de soif intellectuelle. Mais là, vraiment, quel gâchis !
   Comment était-il possible que des gens puissent à longueur d’années passer des heures dans une journée assis devant leur poste de télévision ? Ou alors étaient-ils réceptifs à ce point que leurs analyses objectives des faits fussent faussées ?
   Elle était effarée par le contenu de certaines émissions de chaînes privées, où l’on avait l’impression que nos idiolectes n’étaient plus les mêmes que ceux des individus qui y participaient. Comment pouvait-on aduler, voire vénérer des gens, qui éructaient des mots ?
   L’on avait parfois, la vague signification d’une vulgaire représentation de singes, qui, comme le tentaient les atellanes, essayait de nous divertir, nous, public qui n’a que le droit de se taire et d’ingurgiter.
   A cet instant de sa réflexion, Anne Belle se leva de son fauteuil, et marcha vers l’une des fenêtres qui donnaient sur la rue. Son appartement était si peu dans la démesure, que très rapidement elle s’y était rendue. Le genre de fenêtres en bois, qu’elle détaillait à l’instant, datait de l’époque où l’on exécutait artisanalement encore ce type de menuiserie. Cela se voyait aux paumelles, aux coulisseaux, à la crémone qui étaient de style qu’elle ne savait d’ailleurs définir avec exactitude. Depuis la fabrication en était devenue industrielle. Fenêtres d’ailleurs dont les vitres avaient été remastiquées. Les boiseries telles la traverse supérieure, les montants, le battant arrondi, le battant embrevé ou gueule-de-loup, les petits bois, les dormants, la traverse de base ou jet d’eau avaient été repeintes d’un bleu bleuet, avec attention et grand plaisir, et apparemment beaucoup d’amour par son père. Fenêtres à vitres de petites dimensions qui donnaient une luminosité, en cette saison, que même en plein jour il faisait comme cette clarté de fin de jour, période que l’on appelait également le crépuscule. Séquence du jour où l’atmosphère devenait bien particulière, où le déclin de cette même luminosité se faisait ressentir. Cependant, il s’avérera que cette fenêtre aura un rôle important par la suite.
   Qu’il faisait gris, que le jour était triste. En observant les passants, elle fut stupéfaite par leurs comportements, leurs attitudes. Toutes ces manières qu’elle ne percevait pas à l’habitude, elle les voyait là; implacable. Aujourd’hui. Dans leur lourdeur, leur placidité, leur inaptitude devant tout changement inhabituel, comme des robots programmés à l’on ne savait quel comportement, ils vaquaient. Quelle tristesse, de voir ces “ pauvres “ gens marcher tête basse, le regard perdu, les bras ballants, traînant presque les pieds comme s’ils tiraient un boulet. Un boulet, que c’en auraient été dix mille le résultat aurait été le même. Plongés dans leurs pensées. Rongés par leurs petits soucis de tous les jours, ils erraient dans leurs propres vies comme des inconnus. Ne s’intéressant à rien de ce qui se passait autour d’eux. C’était juste s’ils s’apercevaient qu’il commençait à pleuvoir.
   Au commencement de cette pluie, il lui revint à l’esprit un poète. Compositeur de chansons magnifiques, elle avait dévoré pour son propre plaisir ses écrits. Ce fut un de ses professeurs de français, qui lui avait donné le goût de le lire. Et bien d’autres encore… Comme il lui avait donné l’envie de découvrir le cheminement de la pensée d’un auteur au travers de ses écrits. « Et oui, il en existait encore ! »
   A ce propos, l’auteur se souvenait, lui, d’un professeur de français qu’il avait eu en classe de seconde. “ Madame cul collé “, ils l’appelaient les uns et les autres. Il fallait savoir que, dès le matin, quand vous arriviez en classe, elle était assise, le soir, à la fin des cours, elle était toujours assise. D’ailleurs ses différents élèves pendant des années s’étaient demandé si elle avait des jambes. Elle passait ses journées assises, à faire l’on ne savait quoi. Pendant ses cours l’on avait l’impression qu’elle ne se parlait qu’à elle-même, les élèves vaquant à leurs occupations. De toute manière, la note obtenue était toujours la même, avec ou sans efforts de recherche dans les devoirs de dissertation. Puis Gargantua, Pantagruel, et toute la bande de joyeux lurons, ça suffisait. De une à deux semaines, à la rigueur, mais pendant dix semaines quatre heures par semaine, là non ! Puis elle n’y croyait pas elle-même à ce qu’elle leur rapportait sur ces personnages, alors ses élèves vous pensez bien…
Publié le : octobre 19, 2009
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