Chapitre 2
A ce stade de l’histoire, Anne Belle, l’héroïne, était en convalescence. Plusieurs jours durant, victime
de fièvre, deux semaines exactement, Anne Belle avait été claustrée chez elle. Alitée par une grippe. Il lui avait été interdit de sortir, il y avait de cela, bientôt quinze jours. Pourquoi encore insister sur cette notion de temps, qui ici commence à nous agacer déjà sévèrement ? Le temps commençait à lui paraître des plus longs à elle aussi. Vraiment...
L’hiver dans le nord de la France semblait durer une éternité, si ce n’était plus. Cette éternité hivernale n’est pas l’unique lot de toute la région Nord de la France.
Si j’avais situé l’histoire à Nice, par hasard, j’aurai aussi amené le gel dans cette dite bourgade. Vrai également, que l’hiver, les jours étaient plus courts en terme de temps d’ensoleillement. Déjà que l’été parfois il faut courir après le soleil par chez nous, alors pendant les autres saisons… La luminosité était souvent moins intense par rapport aux autres saisons. Très tôt le soir l’on plongeait dans les affres de la nuit; cette nuit ténébreuse, avec ses longs silences, qui ne révélaient que la non existence de bruit, non existence de vie, et rien d’autre.
Le médecin du quartier, le docteur Mazurin, dont elle avait connu l’adresse par hasard, en se promenant, en découvrant le quartier lors de son arrivée. Il lui avait appris que le virus était très résistant, qu’il y avait eu dans le quartier de l’immeuble beaucoup de ses victimes. Médecin, qui lui était apparu gentil et compétent. Principalement il avait été à son écoute, ce qui somme toute était ce qu’on lui demandait.
Il était, c’était vrai, cela l’était encore, tant de médecins qui nous paraissaient si imbus de leur savoir, de leur personne, qu’il fallait féliciter celui qui faisait son travail honnêtement, humblement, sans pour autant, qu’il se prît pour un cador de la médecine, en ayant simplement soigné une grippe.
A ce propos, son état général ne lui aurait pas permis de sortir. Elle en aurait été incapable. Que ce fut physiquement ou psychologiquement. D’ailleurs, depuis quelques temps, elle ressentait comme une certaine lassitude. Elle se languissait. La vie au sein de cette société lui paraissait pesante, accablante. Elle avait tendance, ce par épisodes plus ou moins espacés, à perdre facilement son équilibre. Des mouvements incoordonnés et involontaires avaient pris d’assaut, le mot n’était pas trop fort, sa motricité. Elle était incapable de rester en place, victime de décharges musculaires. Exténuée au moindre effort, des douleurs intempestives la surprenaient. Ces symptômes furent mis sur le compte de la grippe, mais Anne Belle n’était pas certaine qu’ils ne fussent dus qu’à cela. A ce sujet, le médecin n’était pas non plus très sûr de son fait.
Seulement pendant ce temps, le monde ne s’est pas arrêté de tourner. Les cours ont continué d’avoir lieu, et ce malgré son absence. Il serait bon dès à présent qu’elle s’intéresse à les rattraper. Dans ce but, elle avait réussi à faire déposer, par ses parents lorsqu’ils étaient venus la voir, une petite annonce à l’université, précisant qu’elle recherchait quelqu’un susceptible de lui venir en aide.
Une étudiante, suivant les mêmes cours et options qu’elle, tant qu’affaire, avait répondue à l’annonce. Elle s’était proposé de lui apporter son soutien. Les cours de ces deux dernières semaines elle allait pouvoir les travailler avec elle.
Cette intention semblait banale, ordinaire au premier abord. On avait tendance accroire que le monde estudiantin était solidaire. Oui, pour certains. Cependant, il était des étudiants qui étaient particuliers, égoïstes, individualistes. Elle éprouva alors ce sentiment. Sentiment ambigu, qu’elle n’arriva pas à préciser plus avant. Quelque chose était passée, s’était passée.
Cette aide apportée pratiquement spontanément signifierait-elle que son espérance en une certaine solidarité ne serait pas vaine ? Il était certain qu’elle n’était pas très connue, ne connaissait pas encore grand monde. Les étudiants de son amphi étaient ensembles pour la plupart depuis deux années, déjà. Quant à elle, elle tombait là, au beau milieu de tout ce monde, comme un cheveu dans la soupe. Soupe, qu’ils s’apprêtaient à déguster. Et voilà qu’une étrangère arrivait. De plus, il aurait fallu qu’ils partageassent leur souper. « Ah, ça non ! » Cependant…