Zohra travaille dans une
agence de pub, bientôt trentenaire, c'est son premier vrai job et elle met le paquet. Elle rédige
des contenus pour des sites web, elle aligne des phrases, des mots et des images. Elle est seule, les mots poissent et les phrases lui semble creuses. Mais tous les discours, les comportements légitiment son choix de vie. Après une soirée arosée elle couche avec l'un de ses collègues et réalise qu'il lui faudra même partager cela avec l'
agence de pub.
Un jour, elle rentre sur une impulsion dans une piscine non loin du bureau. Le contact avec l'eau, le sentiment de son propre corps lui procure un grand bien-être. La piscine et la pratique quotidienne de la natation deviendront vite pour elle une bouffée d'oxigène nécessaire dont elle garde le secret. Mais le chateau d'eau possède lui aussi ses sirènes. Un maître nageur croit en ses aptitudes et la
pousse à se perfectionner. Soumise à un entraînement intensif Zohra traverse l'année en apnée. Au bureau, elle prend de plus en plus de liberté avec les horaires, n'arrive pas à s'impliquer dans des démarches qui lui semblent contre nature, prend du retard. A la piscine malgré son entraînement intensif elle semble incapable d'arriver à trouver le geste parfait. Désormais Zohra est saisie d'un malaise sourd et constant qui la pousse à fuir l'agence, à se couper du bourdonnement qui s'en échappe, à nager par dépit. Seule toujours seule. "A travers le personnage de Zohra , le chateau d'eau brosse le portrait d'une détresse, celle de ses individus--nos contemporains -- qui disqualifiés par la scène sociale et prétenduement interchangeable n'ont d'autre choix que la soumission ou la performance."