J’ai attendu la parution en livre de poche de ce roman d’une vie pour l’acheter. Quel dommage car sa lecture est hautement enrichissante au niveau humain, culturel et littéraire.
Tout d’abord, en littérature car, en effet, en le lisant on se rend compte que ceux qui ont un accessit à l’Académie Française ne sont pas les seuls à savoir beaucoup de choses sur la langue française. Un autodidacte comme Jean Marie Deguignet pourrait leur donner des leçons. Son style est oral avec la rudesse du paysan breton. Et par ses exploits dans l’armée napoléonienne, ses rencontres avec des corses, des mexicains, des italiens et autres, notre jeune héros a acquis des connaissances linguistiques incroyables –sans compter le breton, sa langue maternelle et le français qu’il apprend pour pouvoir parler avec les puissants en Bretagne, et enfin le latin, la langue de la messe. Son écriture non seulement est riche de toutes ces langues et des quelques néologismes souvent méprisants (cléricofards), il introduit aussi des références mythologiques, bibliques,… une grande richesse littéraire et linguistique !
Ensuite, Jean Marie Deguignet tel qu’il se définit est un stoïcien, essayant de ne s’énerver en rien face aux adversités de la vie. Et pourtant il aurait de quoi se rebeller. Un homme digne qui reste droit jusqu’à l’entêtement, à tel point que cet entêtement lui porte préjudice. Peut être est il né trop tôt… Malgré son stoïcisme ou à cause de son stoïcisme, les descriptions des comportements humains sont sublimées ;sa belle mère, le curé, l’armée,… et son fils !!. Le ton est acerbe mais réaliste. Un Candide à la bretonne…
Enfin, l’aspect culturel est immense et authentique dans ce récit. Bien sûr on va citer ici la misère paysanne bretonne et plus encore sa méfiance et son ignorance, causes de cette misère. Les rapports entre le clergé et les politiques, les propriétaires terriens et donc forcément le clivage entre bretonnant et français. Des descriptions qui donnent l’impression qu’une certaine révolution n’a jamais existé. L’aspect historique aussi est important au travers des campagnes de Napoléon, de l’existence des soldats et de leur traitement. Mais lors de ses voyages, Jean Marie Deguignet ne cesse de décrire les paysages qu’il rencontre et les gens qu’il côtoie comme dans un carnet de voyage à la Marco Polo tout aussi captivant qu’à la fin on a beaucoup de respect sympathique pour ce Pen Kaled (tête dure en breton = têtu)
La lecture de ce roman est donc passionnante que ce soit sur ces trois plans comme sur bien d’autres encore. Tous les amoureux de la Bretagne doivent le lire. Tous ceux qui aiment les récits d’une vie aussi. Bref un livre à conseiller à tout le monde….
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