Monsieur Linh quitte son pays, son passé, ses souvenirs, ses morts et prend un bateau qui l''emmène, seul avec sa
petite fille de quelques semaines, dans un pays lointain et inconnu. Ceci suffirait sans doute à résumer la trame de ce récit, où il ne se passe somme toute pas grand-chose, juste
le compte rendu presque au
jour le jour d''une errance, d''une solitude, dans des lieux étrangers et donc étranges aux yeux du vieil homme.Mais cette histoire
est racontée avec un mélange de force et de douceur qui fait que nous sommes très vite en totale empathie avec cet anti-héros qu''est
Monsieur Linh. La relation avec sa petite fille nous émeut et tout à la fois nous cause une sorte de malaise indéfinissable, dont nous comprenons peu à peu la raison sans jamais avoir de certitude avant la fin du
roman. A travers l''aventure banale et poignante de ce vieil homme, l''auteur soulève une multitude de questions qui trouvent forcément écho en chacun de nous : des questions sur la solitude, sur le chagrin, sur le deuil, sur la folie, sur l''amitié, sur l''amour...L''histoire de monsieur Linh, pour exotique qu''elle puisse paraître, pourrait être celle de tout un chacun : le malheur ou la souffrance peuvent enfermer n''importe qui dans cet isolement où aucune communication n''est possible et où l''on se raccroche à des fantômes du passé qui nous donnent l''impression d''être encore vivants. Jusqu''au jour où quelqu''un, comme le gros monsieur aux doigts jaunes qui fume tout le temps, dans ce roman, nous écoute, nous entend même s''il ne comprend pas, et nous sauve.
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