Nous sommes en 1999 sur la terre et les premières fusées s’élèvent
en direction de Mars. A cet instant, sur mars, Madame
K. fait de bien étranges
rêves. Elle voit un homme aux cheveux noirs, aux yeux bleus magnifiques se
poser près de chez elle et venir lui parler. Madame K. raconte ce rêve à son
mari avec qui elle vit depuis 20 ans et qui se moque d’elle : les martiens
ont les yeux et la peau dorés et le personnage dont elle lui parle lui semble
réellement fantaisiste. Les semaines passent et ce rêve ne cesse de la hanter,
d’autant que son couple s’est endormi dans une tranquille bienveillance, bien
loin de la passion de départ qui commence à lui manquer. Elle commence même à
chantonner un air inconnu sur sa planète : « plaisir d’amour ne dure
qu’un moment… ». Les martiens étant télépathes, Monsieur K. commence à
nourrir quelques inquiétudes quand à cette histoire, qui se transforment
rapidement en jalousie. Lorsque le terrien, Bert, fini par se poser réellement
sur la planète, il décide de le supprimer. Ce ne sera que la première victime
de la longue liste des premiers colonisateurs de Mars, martyrs de l’incompréhension
de deux espèces tellement différentes. Pendant ce temps, sur la terre, la
menace d’un nouveau conflit mondial se précise.
Publié en 1955, mais écrit dans les années 40, ce livre est
à lire avec le recul qui convient. Les personnages, les technologies citées et
les démêlés politiques qui ont lieu sur la terre sont emprunts du sentiment
post-guerre mondial général. Il y a, de fait, dans ce recueil de nouvelles,
quelques textes qui nous sembleront évidemment considérablement vieillots. Mais
l’ensemble mérite de se laisser aller, afin de retrouver la naïveté des
premiers moments de la
conquête de l’espace. C’est une production inégale dans
sa qualité et les premiers textes font penser aux séries de science fiction que
l’on a connu il y a une trentaine d’années, avec des personnages en combinaisons
blanches débarquant dans des endroits hostiles, perdus et sans moyen de
communication avec leur base. On est loin, très loin de 2001 l’odyssée ou des
productions actuelles. Mais lorsque les terriens sont enfin installés sur cette
lointaine Mars, Bradbury change de ton et les nouvelles alternent alors poésie,
« il viendra des pluies douces » et un humour parfois féroce, «Usher
II ». Cela devient un vrai régal. Plus qu’un roman d’
anticipation, « Chroniques
Martiennes » est une analyse critique de la société, elle révèle le beau,
le fantasque, l’injuste et les travers d’une société pas tout à fait remise de
la seconde guerre mondiale, au temps du maccarthysme.