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Je tiens dans mes mains un pur chef-d''oeuvre, un joyau de la littérature universelle. Thomas Bernhard est le grand oublié
de nos lettres modernes. L'' écrivain n''a rien fait pour améliorer sa cause, il vivait reclus en Haute-Autriche avant de décéder en mil neuf cent quatre-vingt-neuf à l''âge de cinquante-huit ans. Son roman Maîtres anciens a paru quatre ans avant sa mort. Depuis trente-six ans, Reger (critique musical au Times de Londres), a l''habitude de venir s''asseoir à tous les deux jours sur la banquette de la salle Bordone, au musée d''art ancien de Vienne. Il se livre à ses réflexions devant le tableau L''homme à la barbe blanche de Tintoret. Esprit rigoureux aimant par-dessus tout la ponctualité, Reger s''entretient avec Irrsigler, le gardien du musée. Ce dernier, malgré son caractère effacé et discret, le mettra en présence de celle qui deviendra sa femme. Maître anciens est sous-titré COMÉDIE, il s''agit d''un humour très subtil que seuls les vrais connaisseurs seront en mesure d''apprécier, car cette lecture peut s''avérer ardue: elle consiste en un seul paragraphe de deux-cent-cinquante-deux pages. Reger en a gros sur le coeur contre sa patrie: il lui reproche son système politique corrompu, la malpropreté de ses toilettes publiques, la négligence des services municipaux et médicaux, négligence lourde de conséquence puisqu''elle est responsable, selon Reger, du décès de sa femme. Toujours lucide, Reger se fait impitoyable envers ces grands compositeurs qu''il aime et déteste à la fois: Bach, qu''il définit comme un gros puant; Beethoven, à qui il reproche d''être un artiste d''État, un personnage parfaitement repoussant et à la musique de Mozart d''être pleine du kitsch du petit jupon et de la petite culotte. Les orchestres et leurs chefs (Toscanini et Furtwängler) ne valent guère mieux. Par contre les écrivains trouveront des perles; un écrivain qui ne publie rien n''est pas vraiment un écrivain, nous dit Reger. Cela peut en aider plusieurs. On aime ou on aime pas, c''est selon. Tous s''accordent néanmoins à reconnaître en Thomas Bernhard un écrivain de premier plan, un écrivain au style inimitable et génial. Son oeuvre mérite d''être décryptée et ce livre se charge de vous introduire parmi les autres.
Publié le : janvier 23, 2008
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