Il demande à sa femme : "que dirais-tu si je me rasais la moustache?" Elle répond : "ce serait une bonne idée". Puis
elle sort faire une course. A son retour, il n''a plus de
moustache. Elle ne dit rien, comme si elle n''avait pas remarqué. Il pense qu''elle le fait marcher. Mais le soir, au dîner, les amis ne remarquent rien non plus. Ni les collègues de bureau, ni personne. C''est agaçant, au bout d''un moment, il finit par demander : "tu n''as pas remarqué que je me suis rasé la moustache?" Mais la réponse, de l''épouse, des amis, des collègues, est terrible, invariable : "mais tu n''as jamais eu de moustache!" Il argumente, il essaie de prouver, il croit qu''on se moque de lui, mais peu à peu le doute s''installe, puis un vertige terrible. Le couple se défait devant ce désaccord irréductible. L''homme voyage, croit devenir fou. Ou peut-être l''est-il pour de bon. D''une futile anecdote, la moustache devient la métaphore de l''existence entière. Le roman interroge le réel, l''indécidable, et nous donne aussi une vision acérée du couple, de l''impossible fusion amoureuse. Emmanuel Carrère signe ici son chef-d''oeuvre, d''un
fantastique noir et vertigineux. L''adaptation au cinéma, avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos, est aussi remarquable. La fin est différente (il est donc recommandé de prendre connaissance des deux).