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le jeu des perles de verre

par : WASSER    

Auteur(s): Hermann Hesse
Situé dans une époque future, après l’ère des guerres, non définie plus précisément, l’ouvrage fait le récit de la vie de
Joseph Valet, qui a marqué son époque par sa personnalité brillante et originale, à tel point qu’il est devenu légendaire. La « Province pédagogique », baptisée Castalie forme les élites dans toutes les disciplines de l’art, des sciences et de la culture. Enclave au milieu du «  siècle », elle recrute les jeunes aspirants dès l’âge de douze ou treize ans. Ainsi le jeune Joseph Valet reçoit-il un jour, dans la modeste école de son village, la visite d’un Maître de Musique venu pour l’évaluer. Si, dans les premières années de formation, les élèves ne sont pas encore tenus de s’engager définitivement, l’existence et les études qu’il y mènent ensuite demeurent à l’intérieur de Castalie où ils deviennent des « Castaliens » ; par affinité de discipline, ou par choix, ou pour toute autre raison, chaque Castalien va trouver sa place au sein de la petite société de Castalie dont le fleuron est le Jeu des Perles de Verre. Si la vie de Joseph Valet est légendaire pour les générations futures, alors même que le culte de la personnalité, et l’individualisme ont été proscrits, c’est que son ascension est exemplaire et à la fois hors cadre. Castalie est un univers privilégié, qui n’existe que grâce au financement de riches familles du siècle qui y envoient d’ailleurs leurs fils se former. C’est le cas de Plinio Designori, avec lequel Joseph va se lier d’amitié dès les premières années d’études, et qui rejoindra la vie du « siècle ». Joseph Valet va connaître un parcours particulier, voire atypique. Il effectue un séjour de plusieurs années au couvent des bénédictins de Mariafels où il aura l’occasion de se former et se confronter à la pensée et à la sagesse du vieux Père Jacobus, historien et conseiller du Vatican (l’Eglise s’est maintenue, malgré l’ère des guerres). Joseph se liera aussi avec un résident atypique de Castalie, le « frère aîné » qui vit à l’écart dans son ermitage chinois du bois des bambous, un orientaliste ascète qui a consacré son existence à l’étude de la philosophie chinoise et du Yi King. Joseph Valet va devenir le plus jeune Maître du Jeu des Perles de Verre, le plus jeune à accéder au sommet de la hiérarchie. Ce Jeu, que Hermann Hesse a l’habileté d’évoquer sans le décrire réellement, est une sorte de cérémonie annuelle, mêlant toutes les disciplines et tous les arts, et qui représente en lui-même une œuvre d’art à laquelle participent les « joueurs » présents à Castalie, et à un moindre degré, le public qui en suit le déroulement à la radio. Ce Jeu n’est en réalité accessible qu’à l’élite de Castalie. Par exemple, lorsque Plinio Designori, qui a quitté Castalie trop tôt, revient, plusieurs années plus tard, pour un bref séjour, il n’est plus capable d’en goûter les subtilités par manque d’entraînement et de discipline. Car, à Castalie, si on apprend à creuser un sujet se rapportant à n’importe quelle matière ou art et à les mettre en rapport, on ne crée rien, on se contente de ce qui a été créé auparavant. Formé et entraîné à la méditation, au contrôle de soi, le Castalien nourrit son esprit et son âme ; autrement dit, il est initié à la connaissance, avec toutes les réserves que Hermann Hesse expose dans ce livre. Ce roman évoque aussi ce que Hermann Hesse appelle l’éveil : ces instants, douloureux et magnifiques, de révélation et de lumière, de conscience et d’appel, qui jalonnent la vie de Joseph Valet. Ces appels à l’accomplissement d’une tâche humaine, illustré par exemple par le Maître de Musique qui, avant de mourir, atteint une sorte d’état de sainteté, de paix et de sérénité que l’Ordre ne peut nommer comme tel, mais que Joseph reconnaît comme un état d’accomplissement. L’amitié de Joseph pour Plinio Designori, qui a choisi de vivre dans « le siècle » où il se marie et aura un fils, symbolise les questions incessantes que se pose Joseph sur l’avenir de Castalie, cette enclave privilégiée ; la question de la responsabilité de chaque être humain au sein d’un Ordre, d’une communauté, la responsabilité historique de chacun. Le choix de Valet, c’est d’abandonner sa charge de Ludi Magister pour aller vivre dans « le siècle » et devenir le précepteur de Tito, le fils de son vieil ami Designori, qui inquiète son père par son comportement. Reprendre l’enseignement au départ, chez un être jeune encore malléable, c’est la mission qui semble dorénavant à Valet la plus belle et la plus exaltante. Valet ne fuit pas Castalie en catimini, non, il rédige une circulaire, une demande officielle longuement argumentée pour résilier sa fonction, et adressée à la Direction de l’Ordre, alors même qu’il sait une telle requête irrecevable, par nature.
Publié le : juillet 09, 2007
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