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Le Dieu des Petits Riens

Summary rating: 5 stars 5 Notes
Auteur(s) : Arundhati Roy
Review by : Patryck Froissart
Visites: 201
mots: 900
Publié le : juin 08, 2007
Titre : Le Dieu des Petits Riens
Auteure : Arundhati Roy
Editeur : Gallimard 1998
Titre original : The God of Small Things
Traduction: Claude Demanuelli
Nombre de pages: 439
ISBN: 2070411729
 
L’histoire est vue par les yeux de deux (faux) jumeaux, Rahel la fille et Estha le garçon, d’une famille indienne chrétienne (église de Syrie).
L’action principale se déroule dans la maison familiale à Ayemenem.
La mère, Ammu, divorcée, est, comme toute la famille, une Touchable (sic).
L’oncle, Chacko, frère d’Ammu, lui aussi divorcé, d’une Anglaise, Margaret, qu’il a laissée à Londres avec leur fille Sophie Mol, s’occupe, sans grand succès, de l’entreprise de confiseries et de confitures qu’a fondée la grand-mère, Mammachi. A vrai dire, il s’occupe plutôt des ouvrières de la fabrique, qu’il fait entrer la nuit dans la grande maison par une porte privée, percée à cet effet par une Mammachi complaisante, pour qui Chacko est le fils adulé depuis qu’il l’a défendue un soir contre Pappachi, le grand-père, qui avait coutume de la battre méthodiquement chaque jour.
Dans la maison habitent aussi, omniprésentes, la grand-tante des jumeaux, Baby Kochamma, et Kochu Maria, la servante.
Or les jumeaux, de purs Touchables, ont un ami, Velutha, un Intouchable, qui vit dans les environs, et dont le père, également Intouchable, exerce quelques responsabilités dans la fabrique, au grand dam des autres employés qui, eux, sont des Touchables.
Le jour où Margaret, devenue subitement veuve, débarque avec la blonde et rose Sophie Mol à Ayamenem, alors que tout ce monde de Touchables est rassemblé sur le perron, les yeux d’Ammu rencontrent ceux de Velutha, avec qui les jumeaux sont allés jouer, au bout du jardin. Le regard d’Ammu découvre soudain le corps de Velutha, la force de Velutha, la beauté sombre, sauvage, interdite, de Velutha.
Et l’amour naît, scandaleux, violent, passionné, impossible. L’inimaginable se réalise : l’Intouchable touche la Touchable, la Touchable touche l’Intouchable. C’est le désordre, l’anarchie, le chaos qui risquent de déferler sur cette société bien réglée.
Mais l’amour sera bref, car le système trouvera le moyen de ramener l’ordre, de rappeler aux uns et aux autres qu’on ne se touche pas ainsi impunément.
En effet, durant ces quelques jours où Ammu trouve enfin le bonheur dans les bras d’un homme, les jumeaux se construisent leur « cabane » sur une île au milieu du fleuve, et entraînent Sophie Mol dans leur monde d’enfants.
Et, la nuit qui suit le jour où la honteuse liaison d’Ammu est découverte, c’est le drame.
Une victime innocente, Sophie Mol, un bouc émissaire tout trouvé, Velutha, une immolation sauvage, et l’ordre est rétabli, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Le montage narratif de ce roman prenant est très singulier. Il peut désarçonner au long des cinquante premières pages. Le drame ici n’est pas l’aboutissement de l’histoire, mais son acte fondateur, présenté, par bribes, dans les éclats de mémoire d’un Eshta qui a sombré peu à peu dans la folie, et d’une Rahel qui essaie de le rejoindre, de se réunir à lui, dans une union, une fois de plus, de la nature de celles qui enfreignent les lois de l’amour, celles qui disent, dans cette société carcan, qui doit être aimé et comment. Et jusqu’à quel point.
L’atmosphère est lourde, pénible, oppressante, de bout en bout, même lorsque le récit s’émaille de pensées d’enfants, de comptines, de jeux de mots, même et surtout lorsque les événements, leurs causes, leurs conséquences, sont interprétés par les jumeaux au moment où ils se produisent (ils ont alors huit ans), et, de façon alternée, quand ils sont racontés, dans un temps décalé, du point de vue du narrateur (ils sont alors adultes, et brisés).
Ce livre est difficile à lire, mais il sait venir récompenser la patience et la curiosité du lecteur, qui par ailleurs y trouve, comme dans la plupart des romans indiens contemporains, une toile de fond socio-historique des plus intéressantes de ce pays riche de toutes les beautés et de toutes les laideurs de l’homme.
Patryck Froissart, Quatre Bornes, le 11 août 2006
Veuillez noter ce résumé : 1 2 3 4 5


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