Jacqueline Kelen nous revient avec un superbe
Mélusine ou le jardin secret aux
Editions Presse de la Renaissance, titre qui inaugure une nouvelle collection au titre prometteur,
L’intelligence des mythes. C’est l’un des plus beaux mythes de l’Occident que Jacqueline Kelen nous propose d’explorer, mythe qui a bien sûr son pendant en Orient, notamment dans les traditions dravidiennes. C’est aussi l’une des plus belles histoires d’
amour que nos traditions nous aient offertes.
A la fin du XIVème siècle, Jean d’Arras compose un chef d’œuvre qui relate les aventures amoureuses de Mélusine, une fée, et d’un chevalier, Raymondin, récit initiatique et alchimique qui demeure un joyau du corpus traditionnel de l’Occident. Ce récit sera repris par bien des auteurs qui y feront allusion ou référence de Rabelais à Apollinaire en passant par Gérard de Nerval ou André Breton. Nombre d’alchimistes ont aussi utilisé la légende des Lusignan. Nous pensons notamment à Roger Caro.
Chacun se rappelle la trame de la légende fondatrice : Un jeune chevalier du nom de Raymondin se trouve accablé de chagrin pour avoir causé involontairement, lors d’une chasse au sanglier, la mort de son oncle bienfaiteur. Errant dans la forêt, il rencontre près d’une source une ravissante jeune femme qui n’est autre qu’une fée. Celle-ci promet au chevalier, s’il l’épouse, une vie heureuse et opulente ainsi qu’une belle descendance. Mais à une condition : il ne cherchera pas à la voir le samedi ni à savoir ce qu’elle fait durant cette journée…
L’amour, le secret, la promesse, l’enchantement… quelques-uns des ingrédients de cette structure majeure d’enseignement métaphorique initiatique construite autour de l’alliance indispensable sur les voies d’immortalité avec les puissances serpentines ou draconiques.
Jacqueline Kelen développe plusieurs des thèmes fondamentaux de la quête comme la distinction entre lignée temporelle et lignée céleste, horizontalité et verticalité, l’amour, le couple comme voie, le désir comme matière, l’alliance avec l’Eternel. Elle inscrit la tradition de Mélusine dans celle des Fidèles d’Amour. Mélusine manifeste le Féminin sacré, tantôt secret, tantôt rayonnant, toujours révélateur et initiateur.
Le mythe illustre pleinement la notion de secret. L’arcane n’est pas destiné à la « personne », au « moi », mais s’adresse à l’affranchi, l’être, libre des représentations et des conditionnements. Jacqueline Kelen identifie pleinement que « la légende mélusinienne reprend le motif d’une théophanie interdite au simple mortel ». Le lecteur est appelé à ne pas s’en tenir à une lecture unique mais à chercher ce que le mythe met en mouvement en lui-même, encore et encore.