Maërl est le nom donné aux sédiments raclés au fond des baies bretonnes pour amender les terres acides. La mer au secours
de l'agriculture. Maërl est aussi le nom imaginaire d'un
village qui vit (mal) malgré l'usine de traitement (du maërl). Ses
habitants sont les merlins. Le plus célèbre, Merlin l'enchanteur. Mais aussi Paul Antoine Fleuriot de L'Angle, la fée Viviane, Arthur, Robin, chevaliers de tous temps qui hantent le jardin refuge de l'art brut et des désordres multiples comme d'autres le musée Grévin, et continuent à vivre d'incroyables aventures.
Maërl, ce pourrait être merle, comme les corbeaux qui plombent le village de leurs lettres et coups de fil anonymes. O Clochemerle. Ou merdre, comme Jarry, qui fit passer à la trappe tous les fouteurs de maërl. Ceux-ci, derrière leurs fenêtres ou leurs haies, espionnent pour dénoncer, accusent, acculent. Le jardin refuge s'est protégé des chasseurs, mais pas de la médisance, ni de la pollution (due aux champs de maïs ou à la malveillance ?).
Un couple disparaît, parmi les plus virulents. Les habitants du jardin sont soupçonnés de meurtre. La terre est retournée, les chênes abattus, les saules, les merisiers. Mésanges, tourterelles, grives, verdiers, rouge-gorge ont cessé de chanter, et même les goélands ne tournent plus dans un ciel devenu noir.
Pourtant, quoi de plus beau que Maërl, petit village fleuri qui prend ses aises, serpente entre Trieux et Leff, hésite parmi vallées et hauteurs, prairies, champs de maïs, colza, choux-fleurs et artichauts, palmiers et mimosas, camélias, hortensias, porcheries, pépinières, longères, bois, roches, odeurs d'eau douce et d'air iodé !
Quoi de plus beau que la paix !
Mais là où sont les hommes de mauvaise volonté, les hommes fermés à l'étranger, à l'art, confinés dans leurs habitudes, pour qui tout est fric, paysages et relations compris, gros consommateurs de bâchage, goudronnage, clôtures pcv, Attilas du futur, coupeurs d'arbres et de têtes, brûleurs d'espoirs, briseurs de rêves et de silence, il n'y a pas de paix.
A moins qu'Arthur, Robin, Merlin et les autres décident de reprendre les armes, celles de l'humour et de la dérision, de l'imaginaire et de la parabole, pour défendre les habitants du jardin.