Antoine Bello commence à acquérir une certaine notoriété. C'est un écrivain de talent et il le prouvait déjà dans ce roman
astucieux. L'idée de base est assez folle et on se demande comment il peut en faire un roman. Le bougre a de l'imagination à revendre et il tient la distance avec maîtrise.
L'idée est donc que la pratique du puzzle pourrait fasciner autant que certaines disciplines sportives, comme le tennis, le base-ball ou le football américain. Bello en fait une discipline sportive comme les autres. Le but étant de reconstituer un puzzle, ceratains réussissent à en faire une activité sérieuse, en le faisant le plus vite possible. De là naissent les compétitions de puzzle de vitesse. Bien-sûr, c'est absurde, car si des millers de personnes viennent dans un stade pour assister à une telle
compétition, que verront-elles ? L'auteur imagine des écrans géant comme dans nos stades. Il imagine et détaille les techniques de ses champions et va jusqu'à les présenter en catégories, en écoles (morphologiques, colorisme, etc.) Il singe allègrement tout ce qu'on connaît des compétitions sportives qui passent sur nos écrans de télé et c'est particulièrement réjouissant.
On nous explique dans les premières pages qu'il existe aux Etats-Unis une puissante fédération qui a organisé un circuit professionnel. En parallèle, existe une société de puzzlologie, qui s'emploie à débattre de tous les aspects de cette pratique et cherche à en perpétuer l'état d'esprit le plus pur. A cette fin, elle a organisé un concours ouvert à tous, ayant pour but de réaliser le puzzle le plus original.
La fédération et la société de puzzlologie exercent une lutte d'influence. Par là-dessus, les champions de la tournée professionnelle qui sont de véritables stars subissent une vague d'attaques incompréhensibles. Certains d'entre eux sont retrouvés assassinés. Les
assassinats portent tous la marque du même type de mode opératoire. La victime a succombé à l'absorption massive de penthotal, elle est amputée d'un membre et on trouve dans sa bouche une photo polaroïd d'un membre du type dont il a été soulagé, membre ayant appartenu à une autre personne.
Le titre du livre prend tout son sens. Il le prend également par sa construction franchement géniale. Le livre lui-même est un puzzle. L'auteur nous annonce le nombre de pièces et nous embarque dans les méandres de son intrigue, complexe et très habile. On progresse par petits chapitres souvent très suprenants. La chronologie temporelle n'est pas toujours respectée. On apprend à connaître les protagonistes, aussi bien les champions que les organisateurs et membres de la société de puzzlologie. Les vues des uns et des autres se précisent. C'est donc un vrai roman policier dont on peut chercher à dénouer l'intrigue avant la fin. C'est aussi une prouesse littéraire, car tenir tout un roman sur une base aussi farfelue, il faut le faire. Et puis, on s'amuse beaucoup, car l'auteur a de l'imagination, de la suite dans les idées et un vrai sens de l'humour.