Le siège parisien de Rosserys et Mitchell se dressait naguère au coin de l'avenue de la République et de la rue Oberkampf.
Un fier immeuble de verre et d'acier. Mais, un matin tout bascula. D'abord, on chuchotait qu'un des cadres venait de se tuer la nuit dernière dans un accident de voiture sur le périphérique. Et puis, le directeur-adjoint des relations humaines (le narrateur) découvre qu'un rouleau de papier maintenu par un ruban vert et noir attend chaque cadre sur son bureau. Il ouvre le sien et y lit en titre QUE SAVENT-ILS CEUX QUI DIRIGENT ROSSERYS ET MITCHELL ? Suit un texte assez ambigu, car il fait l'éloge des dirigeants d'une manière qu'on peut trouver ironique. Après un début d'enquête discret, ce texte sera considéré comme une imprécation dirigée contre la boîte.
A partir de là, tout commece à dérailler chez Rosserys et Mitchell. Les obsèques du cadre mort donneront lieu à des scènes surréalistes. Et d'autres imprécations suivront, toujours de plus en plus précises. Du coup, les cadres s'inquiètent. Ils craignent pour l'avenir de la boîte et pour leurs beaux salaires leur permettant de mener la belle vie.
Ce roman date de 1974, mais il se lit comme s'il venait de sortir. La charge contre la société de consommation et de production à outrance reste parfaitement d'actualité, même si en 2009 les consciences sont un peu plus éveillées.
Ce roman a été écrit par un ancien cadre à Air France. On sent qu'il connaît bien les rouages de ce genre de boîte. Il connaît l'état d'esprit des cadres tout dévoués à la multinationale à laquelle ils sont fiers d'appartenir. Il connaît bien également les rudiments de l'économie de marché. Au point que, lorsqu'il en parle, on comprend. Il faut le faire, car tout cela sonne généralement comme un langage réservé aux initiés. C'est d'autant plus remarquable que le livre se lit vraiment bien. Il y a du suspense, de la psychologie et l'action a un côté thriller qui lui donne un vrai souffle. Les caractères des uns et des autres sont bien croqués. Surtout, il y a ce que j'appelle du grand-guignol qui amuse beaucoup.
En ces temps de crise économique, j'ai ressorti ce livre que je voulais relire depuis longtemps et je n'ai vraiment pas été déçu. Je le recommande chaudement.